Vernier, nouvelle donne
Mardi 19/04/2011 | Post� par Richard Etienne & SD
ANALYSE - Le jeu des alliances, que les procédures électorales permettent, expliquent les résultats du 17 avril, si étonnants soient-ils.
Cinq semaines plus tard, autre date, autre procédure de vote, autre logique. Les résultats ne confirment pas la tendance du 13 mars. Les électeurs du 17 avril ont choisi de “voter compact”, comme dit Thierry Apothéloz, en privilégiant les listes. Dans son éditorial, le journaliste du Temps François Modoux, titre fort justement : "Echec à la politique arithmétique." Et même si son analyse portant sur le scrutin de la ville de Genève ne colle pas à la situation verniolane - où les libéraux n'étaient pas alliés à l'UDC mais... au PS et aux Verts - on peut retenir cette phrase: "La démocratie ne se réduit pas à l'addition quantitative de voix selon des plans échaffaudés par des appareils de partis. L'électeur ne valide qu'une addition qualitative de courants partageant un esprit commun ou une vision similaire de la chose publique." Conclusion intéressante quoique trop tranchée lorsqu'on considère la part d'incertitude du jeu politique. De plus, "l'addition qualitative de courants" n'est-elle pas non plus le produit de "plans échaffaudés par des appareils de partis"? C'est alors bien la vision de la chose publique qui fait le débat et la différence. Les électeurs ont préféré les partis instrumentalisant le moins l'électorat. Une façon de marquer un rejet des manipulations populistes? D'autres élections répondront à cette question.
Ces manoeuvres politiques autorisant un jeu fin d’alliances et de contre-alliances était décriées hier (dimanche ndlr) par le président du MCG Eric Stauffer, sans doute déçu par les résultats. Elles étaient également déplorées par Thierry Cerutti - et ce avant même le résultat des élections. Il n'est donc pas étonnant que son parti ait décidé de contester le verdict des urnes verniolanes, en invoquant toutefois d'autres raisons. Quoiqu'il en soit, ce jeu d'alliances a modifié la donne du 13 mars en profondeur.
Jamais sans doute les habitants du Lignon, bastion traditionnel de la gauche, n’avaient à ce point voté pour un libéral. Idem aux Avanchets. Idem à Châtelaine. Plus surprenante encore est la défaite de la liste UDC-MCG-radicaux à Vernier-village, fief incontestable du MCG le 13 mars dernier. A se demander si les Verniolans n’ont pas changé d’avis. Nous nous sommes demandés si le mode de scrutin n'était pas trop complexe, pouvant amener à une confusion des électeurs. Voici la réponse de Michel Warynski, en charge notamment du dépouillement centralisé des élections et des votations: "Je ne pense pas que les procédures de vote soient trop compliquées, sauf peut-être pour les électeurs étrangers, qui ont encore moins l’habitude de voter.” A ce stade, présisons que Vernier compte la plus grande proportion d’électeurs étrangers du Canton. Le problème, suggère-t-il, vient plutôt de l’implication des électeurs: “Les gens reçoivent les bulletins de vote 10 à 15 jours avant les élections, ce qui leur donne assez de temps pour réfléchir. Le font-ils, s’intéressent-ils? C’est une autre question. Ce sont les électeurs expérimentés, ou impliqués, qui rajoutent ou biffent le plus de noms. Souvent parce qu’ils connaissent un candidat qui n’est pas sur la liste de leur choix. Les autres ont tendance à voter par liste, compact, ce qui est souvent plus logique d’ailleurs.” Concernant le choix, critiqué par le MCG, du système majoritaire, Michel Warynski ajoute: “Dans presque tous les cantons suisses, les gouvernements sont élus selon un système majoritaire (qui a pour but de créer des majorités franches) et le parlement selon un système proportionnel (qui a pour but de donner un maximum de représentants et d’idées). Ainsi fonctionne le système suisse.”
Un autre facteur a peut-être fait basculer le vote: la presse. En cinq semaines, la commune a fait couler beaucoup d’encre et pas seulement celle du VBB. Au grand dam de ses politiciens, sans doute, qui se seraient bien contentés de portraits. Ce sont plutôt les litiges au sommet qui ont occupé les journalistes: rixe autour de la photocopieuse entre Conseillers administratifs, mésentente affichée, et, plus récemment, accusations de nazisme et autres doux noms, selon la Tribune de Genève. La collégialité, si suisse, n’était plus verniolane. Ce n’était pas nouveau, les deux grandes listes puis les médias se sont chargés de le rappeler. La goutte de trop? Bataille épique qui rend fou les politiciens, commune de la discorde, le commentaires ont foisonné...
La majorité des habitants se seraient donc laissés convaincre: il a fallu sanctionner, donc “voter compact”. Au jeu des alliances, la droite, malgré la percée du MCG le 13 mars et il y a quatre ans, reste en retard. Vernier, traditionnelle commune ouvrière, ne l’est plus vraiment aujourd’hui. Mais elle a toujours le coeur à gauche. En ce sens, et si on tient compte des procédures de vote particulières, les résultats d’hier paraissent déjà plus logiques.
Mots-clés : vernier, politique, éditorial, mairie, élection, votation

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Par bricoltrain