“Rien n’a changé, rien de changera”
Mercredi 16/02/2011 | Post� par Richard Etienne
Un nouveau retour dans le passé des citernes pour souligner les inerties
Le 12 décembre 1986, l’émission Tell Quel de la TSR consacrait un reportage à Vernier. Il n’est pas encore disponible sur les archives officielles mais j’ai pu m’en procurer un exemplaire. “Catastrophes industrielles: une cité classée tout risque” s’intéresse aux citernes. J’ai été frappé de constater à quel point, un quart de siècle plus tard, les problèmes n’ont guère changé tellement le reportage paraît actuel.Voici en trois paragraphes ce qui est rapporté en 1986 par Tell Quel:
Vernier est une “commune à haut risque”. Les autorités municipales l’auraient même baptisée “commune des dangers”. Ce reportage est important “non pas pour céder face à la peur mais pour comprendre le rôle indispensable d’une meilleure information”. Vernier, qui accueille “des volcans industriels que chacun souhaite ne jamais voir se réveiller” est une “commune poubelle sacrifiée au nom du développement cantonal.” Un habitant s’insurge: ”La commune était magnifique d’équilibre jusque dans les années 1960. Elle est maintenant sinistrée.” Un autre habitant: “Une des communes où il y a le plus de risque potentiel concentré à l’échelle suisse ou européenne.”
Des habitants craignent qu’après l’accident d’un petit avion en janvier 1975 non loin des citernes, une autre collision, plus grave, ne survienne. Beaucoup avouent leur ignorance: “absence d’information” tel est “le leitmotiv de la population.” Les citernes ont pourtant été construite dès les années 1920. En 1986, six sites de dépôts encombrent la commune [contre cinq aujourd’hui]. Les Verniolans se sont inquiétés dès les années 1960. 80% d’entre eux se plaignent d’odeurs désagréables. “Les gens sont venus après les citernes, constate le directeur du WWF Philippe Roch, les autorités cantonales auraient dû mieux planifier cette urbanisation. Maintenant c’est trop tard.”
Maurice Muller, chef d’exploitation Shell, regrette le trafic sur la route de Vernier, “principal inconvénient pour les pétroliers”: “Nos quelque 150 camions par jour peinent à sortir, c’est dangereux, les voitures roulent trop vite”. Et Marc Satin, Maire de Vernier, de conclure: “Les pétroliers alimentent à peine les caisses de la commune, qui s’appauvrit.
Ce reportage pourrait être rediffusé tant il paraît actuel. Il suffirait d’en changer les acteurs. Intrigué par tant d’inertie, je m’inquiète auprès d’anciens politiciens de la commune. Ernest Greiner, Conseiller municipal radical verniolan de 1984 à 2007, m’accueille chez lui au Lignon. Il confirme mon intuition mais rappelle que, si le nombre de citernes a augmenté au long du XXe siècle, depuis quelques temps, la tendance est à la diminution. Cette photo prise par Swissair en 1975 montrent que trois citernes se trouvaient sur l‘actuel emplacement du garage Roch automobile et une dizaine de cuves encombraient le site du garage AMAG. Voilà pour les changements.

Ernest Greiner continue: “J’ai travaillé pendant 43 ans comme facteur entre Châtelaine, Vernier et Le Lignon, autant dire que les citernes je les voyais tous les jours. Le retraité constate que les citernes ont souvent été récupérées par les politiciens: “A chaque fois qu’un parti les utilisait comme argument de campagne, le feu partait, tout de suite.” L’UDC verniolane d’aujourd’hui n’innove pas, elle non plus. Ernest Greiner se rappelle d’André Schmidlin, conseiller municipal libéral de Vernier de 1987 à 1995 qui passe pour pour être le premier politicien à avoir milité pour le déplacement des citernes.
Contacté au téléphone, André Schmidlin me confirme s’être battu à la fin des années 1980 pour qu’une étude évalue les dangers liés aux dépôts pétroliers. “En tant que politicien communal, on ne pouvait faire guère plus. Si demain tous les Verniolans s’unissaient contre les pétroliers, ça ne changerait rien. Le canton a les pleins pouvoirs et s'accommode bien des citernes, si importantes pour l’économie.” Il conclut: “Sur ces quarante dernières années, rien n’a changé. Sur les quarante prochaine années, rien ne changera non plus. Sauf s’il y a un accident. Auquel cas, tout changera rapidement et ce sera précipité.”
Dossier: les pétroliers de Vernier
Mots-clés : vernier, citernes, pétrole
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Par bricoltrain