Retour sur l’(in)sécurité des citernes
Jeudi 10/02/2011 | Post� par Richard Etienne
C’est la question que tout le monde se pose
“On vit à côté d’une bombe.” Ainsi parle Stéphane Valente, Conseiller municipal UDC et co-auteur de l’initiative “moins de citernes, plus de sécurité”. Selon l’UDC, et les autres partis de la commune, le danger causé par les citernes est une raison suffisante pour les déplacer (même si rien ne prouve que leur regroupement sur un seul site contribuerait à les rendre moins dangereuses).Les détracteurs des citernes dénoncent principalement:
- le manque de moyens humain et technique pour faire face à un incendie important, comme ce fut le cas à Buncefield en Angleterre quelques années plus tôt (où il avait fallu huit jours pour éteindre les flammes),
- le fait qu’on puisse entrer dans certains sites comme dans un moulin,
- l’augmentation des risques empiriques car, alors que la ville se développe autour des citernes, toujours plus de gens vivent à leurs côtés.
Nous avons vu dans le billet n°9 que peu d’accidents importants se sont produits depuis que les citernes existent, que même aucun accident n’est à déplorer depuis le 26 janvier 1992 (soit 19 ans). Entre temps, les normes de sécurité imposées par la Confédération se sont durcies, Vernier s’est urbanisée, le contexte a évolué. Voici une liste de faits. Elle se base sur les dires de Jean-Pierre Passerat, directeur de SAPPRO, et sur les directives de SAPPRO sur la sécurité:
- La présence de citernes date des années cinquante mais elles font l'objet de rénovations et de mises à niveau sécuritaire très régulièrement. L'usure de telles infrastructures est quasi nulle. Elles sont entretenues au quotidien et respectent les normes de sécurité suisses, très élevées.
- Les citernes sont posées dans des bassins de rétention étanches (capables de retenir l’équivalent de la quantité de leur plus grande citerne).
- Chaque cuve est munie d’un système de détection d’hydrocarbure. Ce qu’il n’y avait pas à Buncefield et qui aurait pu épargner le site anglais de la catastrophe, selon Jean-Pierre Passerat: “Ici, on aurait su à l’avance qu’il y a une fuite, ce qui nous aurait permis d’agir en conséquence avant un éventuel accident.”
- Chaque cuve est munie d’un système d’injection de mousse automatique.
- Chaque cuve est munie d’un circuit de refroidissement d’eau.
- Une centrale permet de pomper l’eau du Rhône si les pompiers n’en ont pas assez.
- Des bouches à eau conçues pour les hauts-débits d’eau sont installées à plusieurs endroits sur la route de Vernier (comme celles en face d’Ikea).
- La peinture blanche du haut des cuves permet d’abaisser la température du pétrole de huit degrés. Le pétrole, libérant ainsi moins de gaz, est moins dangereux.
- Les citernes ne sont jamais totalement remplies. Alors que l’OPAM autorise un remplissage jusqu’à une hauteur dite H, à Genève on ne dépasse pas le niveau HE (le maximum possible étant HH; [HE<H<HH]), une sécurité de plus.
- Selon les exigences de la Confédération, une personne de chez SAPPRO est titulaire du diplôme de chargé de sécurité, atteignable en permanence sur téléphone portable.
- Des essais d’étanchéité sont réalisés une fois par an sur la ligne principale du pipeline en présence d’un représentant de l'inspection fédérale des pipelines.
- Les sites les plus utilisés sont munis d’un système de récupération de gaz. Auparavant, les vapeurs de pétrole s’échappaient dans l’atmosphère, elles sont désormais récupérées. Les sites qui ne sont pas munis de ce système servent surtout au stockage obligatoire. Les dépôts Sogep 1 et BP n’en sont pas équipés (récupérer le gaz n’est pas obligatoire pour le kérosène et l’huile de chauffage).
- Faille dans la sécurité: le manque de gardien. Celui qui veut entrer dans deux des cinq sites et monter au sommet des cuves pourra le faire s’il réussit à tromper la vigilance du personnel. On notera que depuis la publication de
- l’article de 20 Minutes dénonçant ce laxisme, le site en question - SASMA - a engagé des gardiens, en attendant de trouver une solution. Jean-Pierre Passerat suggère de rajouter des barrières autour des sites qui en manquent mais de ne pas exacerber l’aspect sécuritaire, ce qui pourrait être contre-productif.
Les normes imposées par la Confédération sont très élevées et sans cesse réactualisées, ce qui exige de la part des pétroliers un ajustement permanent. Voici les lois concernées:
- Loi fédérale du 7 octobre 1983 sur la protection de l’environnement (LPE) a été modifiée à 27 reprises.
- L’ordonnance du 27 février 1981 sur la protection contre les accidents majeurs (OPAM) a été modifiée à six reprises.
- L’ordonnance sur la protection de l’air du 16 décembre 1985 (OPAIR) a été modifiée par un acte législatif à 18 reprises.
- Loi fédérale du 24 janvier 1991 sur la protection des eaux (LEaux) a été modifiée à 16 reprises.
- Les trains transportant les wagons-citernes sont soumis à l’OPAM depuis un an; les pipelines le seront également dans un futur proche.
Pendant longtemps, ces normes ont été sujettes à différentes interprétations, selon les sites de dépôt d’hydrocarbures et les cantons. Depuis 2008, pour garantir une certaine cohérence, une organisation faîtière, Eco Swiss, à laquelle adhère une majorité de cantons dont celui de Genève, s’assure que les normes fédérales sont interprétées de la même façon partout. Tous les sites de dépôts d’hydrocarbure en Suisse sont astreints aux mêmes normes et les respectent. C’est qu’il y a des contrôles:
- Eco Swiss envoie un inspecteur au moins une fois par an. Il s’assure que les normes fédérales sont respectées. Il reviendra en cas de problème aussi souvent que nécessaire.
- L’Etat, qui assurait le contrôle avant qu’EcoSuisse ne prenne le relais, a le droit de faire des inspections surprises.
- La Sécurité civile vient également une fois par année.
- Une inspection annuelle des installations est réalisée par la police cantonale du feu.
En cas de problèmes, les pompiers sont sur le qui-vive. Un plan appelé “Carbura” peut être activé à tout instant. Ce plan a été créé en 1965; il est constamment mis à jour depuis et supervisé par la Sécurité Civile de Genève (SCG) et le Service d’Incendie et de Secours (SIS). Les acteurs susceptibles d’être mobilisés sont nombreux:
- Les pompiers professionnels de la ville de Genève (SIS). Ils sont environ 170. Ils sont les intervenants de première ligne. Ils viennent faire des exercices jusqu’à dix fois par année sur les sites des dépôts de Vernier.
- Les pompiers de l’aéroport qui sont une centaine.
- Les pompiers volontaires de la commune de Vernier et plus particulièrement ceux de la section Trexa, formés pour ce genre d’opération. Ils sont 62 en tout. Ils s’exercent environ deux fois par année sur les sites de dépôts de pétrole de Vernier. Si on additionne les effectifs des autres communes du canton, on arrive à quelques 1600 pompiers volontaires.
- Il est possible de demander l’aide des pompiers français, des autres cantons et de l’armée.
- La police du feu et les polices cantonale et municipale.
- Les samaritains et autres secours.
- Les Services Industriels de Genève (SIG)
Dossier: les pétroliers de Vernier
Mots-clés : citernes, vernier, pétrole
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Réactions des internautes
Lundi 14 Février 2011, 10:56
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1 site, plutôt que 5...
Bonjour et bravo pour votre article.De fait, je persiste et signe que regrouper les citernes sur un seul et unique site permet de déployer une sécurité optimale.
Diluer sur 5 sites différents augmente de fait les risques, multiplie les dangers inhérents.
C'est statistiquement simple à comprendre.
Alors oui, il faut regrouper les citernes sur une seul voir deux sites et sécuriser ces derniers de manière conséquente.
Mais je dis ça, en temps qu'amateur certifié par SUVA, et facultativement ancien exploitant d'agence de sécurité spécialisé dans la protection de personnes et de sites sensibles...
:o)
Merci pour la qualité de vos articles,
Stépane
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