Retour de Bondy
Lundi 02/11/2009 | Post� par SD
Un récit subjectif de notre virée bondynoise
"La différence entre une démocratie et une dictature, c’est qu’en démocratie tu votes avant d’obéir aux ordres."
Charles Bukowski
Paris, arrêt Haussman St-Lazare, quai 51. Accompagné de Mehdi, l’initiateur du Lausanne Bondy Blog –dont je salue ici l’initiative, et la belle aventure humaine et journalistique qui a suivi- je m'engouffre dans le RER E. Magenta, Pantin, Noisy, Bondy. En un petit bond et quelques minutes nous voici dans la ville qui a vu naître le premier Blog éponyme en 2005.

Nous débouchons sur la place du marché sous un soleil généreux. Il est presque midi. Les marchands sont encore là mais il va bientôt falloir remballer. C’est le moment des bonnes affaires. L’animation bat son plein.
Nous nous installons à deux pas, à la terrasse du Murat. Le temps d’un instant, nous serons spectateurs. Autour de nous, les discussions sont vives et amicales, l’ambiance agréable. Je commande un renversé. Un quoi ? Un café au lait quoi…
Mehdi triture son Natel, Idir débarque. Grand, veste en velours bleue marine, quelques cheveux gris. Peu après, il est suivi de Mohamed, qui traîne un cabas duquel on voit affleurer le Libé du jour. Deux rédacteurs du Bondyblog. Mohamed est présent depuis les débuts, Idir a commencé à écrire peu après, en juin 2006. Tous deux sont bien occupés. Idir par son boulot à LCI –le bondyblog ca t’ouvre des portes mon pote- Mohamed par ses nombreuses casquettes –professeur, metteur en scène, producteur, musicien.
Plutôt calme Bondy je dis, un faux air naïf, l’œil posé sur le monumental rond-point garni de fleurs, entretenu minutieusement. C’est qu’il y plusieurs Bondys, un dans lequel l’ambiance est pavillonnaire, un autre où les barres d’immeubles rendent la vie plus âpre mais c’est quand même pas Clichy tu vois.
Et les gens, ils réagissent à la politique de Sarkozy ? Je relance, assez curieux. Mohamed s’anime. Le sentiment qui domine c’est l’apathie. Les scandales se succèdent, ca fait quelques lignes dans les journaux et rien ne change. T’as un mec du gouvernement qui peut insulter ouvertement toute une frange de population et il reste en place. Ici c’est la survie, et quand tu survis tu n’as pas le temps de te battre.
Je me demande d’ailleurs jusqu'à quel point la population de Bondy –et d’ailleurs- s’intéresse à ces scandales. Sont-ils même au courant ? Pour la plupart, j’en doute. Ce qui compte c’est le quotidien. Mais les mots rejoignent parfois bien trop vite la réalité.
Mohamed nous quitte et nous nous dirigeons vers la maison d’Idir à quelques centaines de mètres de là. Toute la famille nous accueille chaleureusement. Sauf le père, il est au bled. Une chorba (soupe algérienne ndlr) et un smoussie (sic) à l’orange plus loin -et après avoir salué les poules d’Idir qui picorent dans le jardin, derrière la maison –eh oui il y a de la verdure en banlieue- je demande à aller voir Bondy nord. Quoi tu veux aller au Mordor ? me lance Idir. (Idir a un humour caustique, que j’aime beaucoup, le genre d’humour qui déteste le politiquement correct, un humour brut, franc, qui contient toute la violence des relations sociales, qui ressort ainsi, presque inoffensive, débarrassée de son aspect mortifiant, dans toute sa splendeur pathétique).
Nous voilà donc à bord de la petite Ford surchauffée du beau-frère d’Idir. En route pour le Mordor –surnom donné par certains bondynois aux cités du nord (terre peu hospitalière du Seigneur des anneaux ndlr).
Un pont arqué nous masque la vue. Une fois franchi, frontière symbolique, on entre dans les quartiers les plus pauvres de Bondy. Les rues sont plutôt désertes, quelques groupes ça et là, surtout des jeunes, ou des passants pressés. On est presque dans le cliché. J’aimerais m’attarder mais je ne suis pas seul. Il faut filer. Le safari vous a plu ? Comme un sentiment d’inachevé. Et si c’était cela le drame des banlieues ? Cette opacité si difficile à dissiper. J’y retournerai. Seul.
Il nous faut aller à Paris rencontrer Antoine Menuisier, le rédac’ chef du Bondyblog. Idir nous accompagne. Nous passons par Gare du Nord. Au milieu de la foule bigarrée se dresse une enseigne criarde et interlope : 'Saveurs d’auvergne'. Hortefeux, sors de ce corps !

Bondy c'est déjà fini, cela n'aura duré que quelques heures. J'y reviendrai. Mais il y a du boulot à Vernier. La banlieue n'est pas une spécialité française. Alors, au boulot.
Edit: 03.11.09
Mots-clés : Bondy, making of
SD -
Commenter l'article


Réactions des internautes
Mardi 3 Novembre 2009, 19:56
Signaler un abus
Il faut venir sur le Vernier pour apprendre des trucs sur les Bondyblogueurs, sympa ces infos sur Idir et Moha, la "gare du noir", trop marrant ce didir. Je trouve aussi que le ton ou l'opinion est plus marquée que sur le BB, et ça fait du bien SD, parce qu'il y en a marre de l'apathie justement (décrite par Mohamed), il est temps de mettre le pied dedans.Répondre -
Mardi 3 Novembre 2009, 23:19
Signaler un abus
← Re:
Merci de ces encouragements chère Lie... Au plaisir de vous lire...Répondre -