Redonnons la parole à l’Histoire
Mercredi 02/02/2011 | Post� par Richard Etienne
Les citernes semblent avoir toujours rempli les critères de sécurité de leur temps… et il y a rarement eu des accidents
Le directeur de SAPPRO Jean-Pierre Passerat m’a vanté les mérites de nouvelles normes de sécurité suisses. Il m’a dit par exemple qu’il y a dix ans, ça empestait le pétrole près des citernes car la vapeur des hydrocarbures n’était pas retenue, contrairement à aujourd’hui. De plus, le pétrole raffiné n’était pas refroidi. Aujourd’hui, la peinture blanche en haut des citernes permet de baisser la température du pétrole de huit degrés (refroidi, les hydrocarbures émettent moins de vapeur, ce qui les rend moins dangereux). Je lui ai aussi demandé s’il y avait eu des accidents, depuis que les citernes verniolanes existent. Il a admis qu’il y a en avait eu en France, “où les normes de sécurité sont bien moins élevées”, mais pas en Suisse.Erreur. En fouillant, pour ma chronologie, dans les archives du Journal de Genève, de la Gazette de Lausanne et du Nouveau Quotidien, mises à disposition sur le site du journal Le Temps (gratuitement), je suis tombé sur quelques faits divers, plus ou moins impressionnants.
Alors qu’en 1958, le site ressemblait déjà, selon cet article du Journal de Genève, à "une véritable champignonnière d'énormes tanks de carburants [qui] a poussé ces dernières années près de l'usine à gaz”, toutes les mesures de sécurité, disait-on, ont été prises. Le journaliste conclut: "Le commandant des pompiers de Vernier n'a pas de moins bonnes raisons que ses collègues de tout le canton de dormir sur ses deux oreilles!"
Et pourtant, des accidents, il y en a eu.
- On notera avant de commencer que le déplacement des dépôts de charbon du centre-ville de Genève à la campagne verniolane (qui se transforment en dépôts d’hydrocarbures avec l'avènement du pétrole après la deuxième guerre mondiale) est dû à un gros accident: l'explosion d’une usine à gaz le 23 août 1909. Bilan: treize morts et douze blessés graves. Un accident est donc à l’origine du site de dépôts à Vernier.
- Le premier accident recensé remonte au 7 novembre 1961 quand un violent incendie se déclare dans le complexe de l'Usine à gaz de Vernier utilisé alors comme entrepôt dans lequel étaient rangés notamment des fûts d'essence, de mazout, d'huile, tout près des citernes.
- La presse fait état d’un nouvel incendie le 24 avril 1968. Une citerne, presque vide heureusement, flambe à côté de dizaines de citernes pleines de carburants.
- Le 9 novembre 1973, 60'000 litres de fuel et d'essence débordent de l'une des citernes de Vernier.
- 40 à 60’000 litres de mazout provenant des entrepôts d'hydrocarbures de Vernier se répandent le 3 octobre 1974 dans le sol et les eaux du Rhône, suite à la rupture d'un joint entre deux citernes du dépôt Esso.
- Le 11 janvier 1975, un petit avion s’écrase à quelques mètres des dépôts d’hydrocarbures. Ses deux occupants sont carbonisés. Un journal titre: “Que se serait-il passé si l’avion avait percuté une citerne de mazout?
- Le 20 mars 1980, 11’000 litres de mazout finissent dans la nature, alors qu’un livreur de mazout déverse sa cargaison au Bout-du-Monde, au tennis club Drizia, dans une conduite hors-service et déconnectée. Le mazout provenait selon toute vraisemblance des citernes de Vernier (le rapport avec la commune est certes indirect).
- Une personne a été retrouvée morte le 30 octobre 1980 dans le bassin de rétention d'une citerne à Vernier, asphyxiée par les vapeurs d'essence, selon les médecins.
- Le 30 mai 1991, des ouvriers sont alertés par une forte odeur de pétrole dans une ancienne décharge proche des citernes de Vernier. Des produits toxiques sont détectés. Le lien avec les citernes de pétrole n’est pas prouvé.
- Le 26 janvier 1992 au matin, 500'000 litres de kérosène s'échappent dans un bassin de rétention. Le Rhône est indirectement pollué. La compagnie BP est accusée. Elle sera acquittée.
Je n’ai plus rien depuis à part cette fausse alerte en octobre 2006. En ai-je oublié? Aidez-moi si vous avez des informations, on complétera la liste. En attendant, force est de constater que ceux qui dénoncent les dangers liés aux citernes ne peuvent pas s’appuyer sur l’Histoire car si la liste paraît longue, elle ne contient rien de très spectaculaire et, surtout, rien depuis presque vingt ans.
Aujourd’hui comme en 1958, les pétroliers sont unanimes: toutes les mesures de sécurité sont prises. Il semblerait que “le commandant des pompiers de Vernier n'ait [toujours] pas de moins bonnes raisons que ses collègues de tout le canton de dormir sur ses deux oreilles”, même si, depuis peu, les articles montrant à quel point il est facile de pénétrer dans les sites sans autorisation et de grimper sur les citernes abondent.
“Celui qui veut entrer dans un site, entrera, peu importe le degré de sécurité”, reconnaît Jurg Hornisberger, de Tamoil. Jean-Bernard Billeter, conseiller municipal de Vernier, pose le problème en ces termes dans le procès verbal de la séance du Conseil communal du 16 novembre 2010: “Si quelqu’un a envie d’aller lancer une grenade sur une citerne, il peut le faire par-dessus le grillage [...].”
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Les coupures de presse que j’ai trouvées dans les archives du Journal de Genève, de la Gazette de Lausanne et du Nouveau Quotidien sur les citernes de Vernier et leurs accidents sont toutes regroupées sur cette page.
Dossier: les pétroliers de Vernier
Mots-clés : pétrole, citernes, vernier
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Par bricoltrain