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Quand la gauche de la gauche sombre dans le néant

Vendredi 11/03/2011 | Post� par Luca Di Stefano

Le Parti du travail (PdT) n'a pas déposé de liste. Son président est aux abonnés absents

« Prière de rappeler plus tard », dit en boucle la douce voix de l’opérateur téléphonique. Sur Internet, le blog de Jean-Luc Ardite, Président du Parti du Travail, existe bel et bien, mais il est une page blanche. Un e-mail courtois pour une demande d’interview, pas de réponse.

Sur le site de la commune, le lien vers le site d’A Gauche toute ! renvoie sur un nom de domaine en vente qui propose de dénicher des robes de mariée, des hôtels à San Francisco, des annonces pour adultes ou des Nike Air. 

A l’approche des élections du 13 mars, Jean-Luc Ardite a disparu et aucune liste « rouge » n’a été déposée dans sa commune. A l’opposé, Vernier s’est transformé en véritable bastion du MCG, bien présent avec ses 27 candidats. Faisant de la question sécuritaire une priorité absolue, le parti d’Eric Stauffer pourrait séduire les 45% d’étrangers - qui bénéficient du droit de vote au niveau communal depuis 2005 - ainsi qu’une forte proportion d’ouvriers et de travailleurs non qualifiés.

En réalité, le déclin de la gauche anticapitaliste est entamé depuis plusieurs années. De 13% des suffrages en 2003 (la coalition était alors baptisée Alliance de gauche), la gauche de la gauche a chuté à 8% en 2007 à Vernier, avant de sombrer dans le néant. Quant au parti socialiste, il envisage de s’allier aux Libéraux pour contrer la déferlante populiste. 

Embrouilles entre camarades


Entré au conseil municipal en 2009 grâce au départ d’une élue, Jean-Luc Ardite s’est rapidement trouvé confronté aux conflits internes, véritable gangrène d’une coalition morcelée. En novembre 2010, il est éjecté de son poste de directeur du parti sous la pression de sa base, lit-on dans la presse. «Il n’est plus rien », déclare alors à la Tribune de Genève René Ecuyer, un cacique du Parti du travail. Avant de disparaître, le président sortant aurait refusé de remettre les clés des locaux. Résultat, les nouveaux apparatchiks forcent les portes du siège de la rue du Vieux Billard. De son côté, Jean-Luc Ardite porte plainte pour effraction et dénonce le vol de la caisse, de la photocopieuse et des ordinateurs.


Depuis, le parti dysfonctionne et l’élu peine à donner des signes de vie. Anna Conti, sa camarade au sein d’A gauche toute ! s’apprête à quitter le Conseil municipal après douze années de lutte ouvrière. « Je suis choquée que le Parti du travail ne présente aucune liste. Cela fait des mois que nous ne recevons aucune communication. Aucune réunion n’a été convoquée. Rien ! »

« Ah vous le cherchez ? Moi aussi ! »


Sans nouvelles, c’est peut-être le mot d’ordre de cette gauche qui sort par la porte de derrière. « Il n’y a aucune relève. La gauche se divise puis disparaît dans l’indifférence générale. Alors c’est vrai oui, nous sommes découragés. On ne comprend pas pourquoi une commune populaire vote pour des partis aux relents xénophobes», déplore Anna Conti. Quant à Jean-Luc Ardite, « je peux le comprendre », défend sa camarade. « Dans son cas, on a juste envie d’éteindre son téléphone et de ne plus allumer l’ordinateur ».

Sur le front politique, on recherche l’élu depuis plusieurs semaines. Lors d’une journée citoyenne communale, Martin Carnino, président du Parti socialiste de Vernier, lançait : « Ah vous le cherchez ? Moi aussi ! Comme beaucoup de monde d’ailleurs».

Dans son quartier du Lignon, un commerçant engagé dans le tissu associatif local aurait aperçu Jean-Luc Ardite récemment. « C’était quelques jours avant le délai pour déposer les listes de candidats à la Mairie. Il m’a proposé de m’y inscrire à ses côtés parce qu’il faut être deux au minimum. Mais je ne suis pas prêt à m’engager en politique », affirme-t-il.

Réapparition

Cinq jours après les premières tentatives de prise de contact, un e-mail confirme son existence:

« Pas de problème pour nous rencontrer ».

Suivi d’un coup de fil le lendemain. La voix est vive et chaleureuse. « C’est vrai, j’ai eu toutes les peines du monde à trouver deux candidats pour présenter une liste », explique le Conseiller municipal. Selon lui, les déboires des partis à la gauche du PS sont une question de circonstances extraordinaires. Et l’absence de liste ne serait en aucun cas la conséquence logique d’un déclin. Jean-Luc Ardite est-il toujours le président du Parti du travail ? « Juridiquement oui ». L’ancien élu garantit même qu’il sera à nouveau candidat dans quatre ans. Alors  pourquoi avoir disparu? « C’est simplement parce que je n’ai plus de téléphone portable», répond l’intéressé en balayant les questions.

C’est donc ça. Seulement une histoire de téléphone portable.



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Luca Di Stefano -

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