Pourquoi les Verniolans votent peu (3/3)
Samedi 16/04/2011 | Post� par Richard Etienne
Eléments de réponse
Lire la série "Pourquoi les Verniolans votent peu" en integralité ici.Je décide de contacter Georg Lutz pour voir si le troisième expert, qui présente ses thèses comme si elles étaient universelles en Suisse (contrairement à Werner Seitz qui note des différences partout) est d’accord avec l’idée selon laquelle le sondage est l’unique moyen de connaître la réalité du manque d’enthousiasme verniolan dès qu’il s’agit de voter. Il ne répond pas.
C’est alors que, dans le cadre d’un autre article, je parle avec la Conseillère municipale UDC Christina Meissner, qui, au téléphone, paraît dépitée. “Les Verniolans sont des fatalistes”, regrette-t-elle, alors qu’elle n’a pas réussi à récolté suffisamment de signatures pour une initiative communale qui concerne les dépôts d’hydrocarbures de Vernier. “Les gens me disent que ça fait des années qu’on se bat contre les citernes et qu’elles sont toujours là. A quoi bon continuer?” Christina Meissner poursuit: “La moitié des habitants de la commune sont des étrangers. Ils n’ont pas cette culture de la démocratie directe.” Un exemple qui met un peu de vie dans le débat, mais qui n’explique toujours pas pourquoi les Verniolans se désintéressent plus que les autres Genevois de la chose publique.
Trois jours plus tard, je ressaie de contacter Georg Lutz. Il répond. “Les principaux facteurs expliquant les taux de participation - l’âge, la formation et le revenu - sont valables partout, en Suisse comme à l’étranger.” Il rajoute que les autres facteurs, moins importants, le sont en général également. “Les grands communes votent moins que les petites, celles qui ont des pendulaires [comme Vernier] connaissent des taux de participation plus bas.” Au-delà de ces facteurs, dit-il, il existe des variations que seul un sondage peut éclairer. Il ne pense par exemple pas que les partis aux messages simples incitent les électeurs à davantage se mobiliser. “De toute façon, tous les partis simplifient leur slogan en période électorale.”
Georg Lutz me recommande une longue étude académique, internationale, sur la question. Je m’efforce de la lire (qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour le VBB), sans trop espérer trouver de quoi expliquer l’abstention verniolane. Trois éléments, présentés comme universels, retiennent mon attention:
1) Plus l’objet des votations peut avoir un impact sur la vie des gens, plus les taux de participation sont importants. Les politiciens verniolans auraient-ils moins d’impact sur la vie communale qu’ailleurs à Genève?
2) Plus les dépenses pour les campagnes sont importantes, plus les gens votent. A priori à Vernier, les campagnes ne devraient proportionnellement pas coûter pas plus cher que dans les autres communes, vu que l’argent est versé par les partis centraux. Thierry Cerutti, du MCG, estime avoir un budget moins important que la Gauche; il compense avec une très forte présence sur le terrain (le temps, c’est l’argent). J’envoie un email aux candidats au Conseil administratif Pierre Ronget, Thierry Apothéloz et Yvan Rochat pour avoir quelques chiffres. Pas de réponse. Il n’est pas facile de parler argent. Sauf aux Etats-Unis où les médias annoncent ce même jour que la campagne électorale de Barack Obama coûtera la somme record d’un milliard de dollars.
3) Les procédures du vote, plus elles sont simples, plus les électeurs participent. Le sont-elles en Suisse? Je pose la question aux politiciens verniolans. Le premier qui répond est à nouveau Thierry Cerutti. Il ne pense pas que les procédures soient simples: “Ces dernières années, de nombreuses personnes se sont contentées de mettre mon nom sur les mauvaises feuilles, ce qui a invalidé leur voix.” Depuis, le président du MCG, quand il est en campagne, explique également comment voter. Thierry Cerutti estime également qu’il serait plus clair, et logique, que chaque parti puisse proposer un candidat: “Le jeu des alliances n’est pas forcément sain,” il trouble les cartes, ce qui n’incite pas au vote. L’argument les procédures semble être un corollaire de celui du niveau de formation (lui-même un corollaire des revenus).
Au téléphone, quelques heures plus tôt, Georg Lutz m’a aussi confirmé qu’il n’existe pas de sondage au niveau communal en Suisse. Je lui demande pourquoi. “Trop cher. Les procédures sont longues et compliquées si on veut les faire sérieusement. Il faut trouver les gens, les contacter, leur envoyer des lettres, les interviewer - chaque entretien prend bien 35 minutes - et préparer les données.” Il continue: “Il faut bien compter 70 francs par personne, or un sondage sérieux prend en compte au minimum 1000 avis.” 70 x 1000, le calcul est vite fait.
Le VBB n’a pas les moyen, ni le temps, ni l’énergie. Le seul sur la commune qui aurait l’énergie nécessaire a déjà été souvent cité. Il s’appelle Thierry Cerutti. Ça tombe bien, il organise une conférence de presse, dans le cadre des élections au Conseil administratif à l’auberge de la Châtelaine. Je m’y rends et tombe sur ses colistiers Christina Meissner, François Ambrosio, le politicien MCG et un seul journaliste. La terrasse de l’auberge est pourtant grande, le nombre de flyers suggère que les candidats espéraient voir plus de monde. Un symbole de l’abstention, me dis-je.
Je pourrais demander à monsieur Cerutti de sonder la population, lui qui toque presque à chaque porte dans le cadre de sa campagne. Je renonce quand il me dit que ses journées commencent régulièrement à six heures du matin et finissent quelquefois à quatre heures, au milieu de la nuit. Un tel engouement incitera-t-il les Verniolans à voter? Pas sûr, les taux de participation ont à peine augmenté à Vernier avec son arrivée au Conseil administratif il y a quatre ans.
Fatalisme, impact, dépenses, procédures de vote. Quatre nouveaux éléments - ou corollaires - s’ajoutent à la liste des facteurs susceptibles d’expliquer pourquoi les Verniolans votent moins que les autres Genevois. J’énumère les précédents ici, histoire de les réunir: le nombre d’électeurs étrangers, l’âge, le niveau professionnel, le chômage, les faibles revenus de l’électorat, ses fréquents déplacements hors de la commune, la situation géographique et démographique (nombre et origine des habitants), une sur-représentation des populations qui votent moins et, comme dit un des experts cités, “un effet de composition”: c’est la combinaison de tous ces facteurs qui explique le phénomène.
Mots-clés : mairie, élection, politique, abstention, participation
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Par bricoltrain