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“On a besoin de se faire une image claire”

Mardi 01/02/2011 | Post� par Richard Etienne

Le Conseiller administratif Yvan Rochat a un tas de problèmes à régler avant d’entamer des discussions avec les pétroliers

Un château du village de Vernier, construit en 1762 dans un parc “romantique”, a été restauré pour y installer la mairie en 1973. C’est au deuxième étage que j’ai l’honneur d’être accueilli, dans le bureau du Conseiller administratif vert Yvan Rochat. Alors que je lui demande ce que les autorités mijotent par rapport aux citernes, il me montre une magnifique carte du plan directeur de la commune de Vernier validé par le canton en 2007.

Voici ci-dessous un gros plan sur les sites qui nous intéressent. On constate que quatre sites pétroliers sont étiquetés: un petit carré hachuré en orange et violet les désigne comme des zones “résidentielles à forte densité” avec “activités tertiaires à forte densité d’emploi”. Le plan directeur entend transvaser ces quatre sites sur les deux autres (Sogep I et II). Ces derniers seront du coup densifiés et agrandis: le plan prévoit que la clairière des Bois de la Grille, à l’est, ainsi que le terrain au nord, situé entre la route de Vernier et l’autoroute, accueillent eux aussi des citernes.



Mais rien n’est simple. Une première idée consistait à pousser les citernes loin de la commune (sa faisabilité avait été évaluée par l’“Etude d'aménagement du site de dépôts d'hydrocarbures à Vernier”, en novembre 2002). Trop ambitieuse, elle a été abandonnée (trop compliqué de déplacer avec les citernes les rails, l’oléoduc, etc). La deuxième proposition, celle envisagée actuellement, pose également des problèmes. La clairière en question abrite un trésor de biodiversité tout juste
revitalisé (voir cet article de 20 Minutes). Pas question d’y toucher. Et pour le nord, le canton a d’autres priorités, lui qui vient de décider de déménager les recycleurs Jaeger & Bosshard, qui encombrent un terrain plus convoité encore. Yvan Rochat conclut: “La place prévue pour les citernes vient à manquer.” Le canton, la commune et un investisseur privé (RI Realim) ont mandaté deux entreprises (Urbaplan et Bonnard & Gardel) pour conduire une nouvelle évaluation de faisabilité: peut-on déplacer deux sites seulement, SASMA et Stockor (Tamoil)? La réponse devrait paraître en février 2011. J’interviens:

Pourquoi ces deux sites?

Les cuves de SASMA entravent le développement de Blandonnet et celles du site de Tamoil contraignent les immeubles du vaste projet d’écoquartier de l’Etang à se munir d’un mur de sécurité aussi épais que moche.

Le canton prévoit d’installer des entreprises sur un site prévu pour les citernes, alors qu’il finance une étude de faisabilité de leur déplacement au même endroit. N’est-ce pas contradictoire?

D’un côté, le canton soutient cette étude. D’un autre, il la bousille. Je crois que la grande priorité de Mark Muller [le Conseiller d'Etat chargé du Département des constructions et des technologies de l'information] consiste à avancer dans le projet de mutation des quartiers de la Praille, des Acacias et des Vernets (
projet PAV), ce qui implique de faire partir au plus vite les entreprises de la PAV. Mark Muller est prêt à prendre l’Etat à contre-pied pour ce projet. La commune de Vernier se bat pour que le cas des citernes monte dans la hiérarchie des priorités cantonales.

La commune est-elle unie face au canton et aux citernes?

Il y a un consensus assez fort même s’il y a quelque chose de bizarre. L’UDC, dans cette année électorale, se met en avant en proposant une initiative communale pour “moins de citernes, plus de sécurité”. Le parti fait certes avancer le débat mais pas de façon constructive, tant ses arguments sont simplistes. On peut d’ailleurs dire que l’initiative ne sert à rien car elle surfe sur des idées déjà proposées [on y reviendra]. J’espère que ce faisant, l’UDC ne va pas faire rompre le consensus.

N’avez-vous pas intérêt à garder les citernes?

Non. Premièrement, elles sont dévoreuses de territoire: non seulement elles prennent beaucoup de place, mais en plus les normes de sécurité interdisent de nombreuses constructions dans des rayons assez larges. En outre, elles ne font travailler quasiment personne. Or, plus on a d’employés, plus on a de retombées fiscales. Troisièmement, elles déstructurent des quartiers, empêchent leur développement et ne remplissent pas les critères de sécurité. J’ai trouvé l’article de
20 minutes [qui traite du manque de sécurité sur le site de SASMA] aberrant. J’ai aussitôt contacté SASMA et le canton pour que des mesures soient prises.

L’UDC a proposé au Grand Conseil de dédommager la commune s’il s’avère impossible de déplacer les citernes [le 6 juillet 2010, cf. chronologie]. Une bonne idée?

Ajouter une taxe en notre faveur dans la
péréquation intercommunale serait une bonne idée. Elle permettrait de rendre justice en rééquilibrant les rapports entre communes riches et pauvres. Mais les autres problèmes liés aux citernes - sécuritaires, de développement de quartiers -, eux, demeureraient.

J’ai discuté avec plusieurs pétroliers. Ils sont en colère car ils ont le sentiment d’être exclus des discussions, eux, les premiers concernés. Certains disent que vous devriez résoudre les problèmes financiers avant de faire trop de scénarios sur des terrains qui ne vous appartiennent pas. Que leur répondez-vous?

Qu’on a besoin de se faire une image claire, de connaître notre sujet sur le bout des doigts, avant de les consulter. Je comprends leur sentiment que ça se passe dans leur dos mais nous sommes obligés de passer par là. Si l’étude que nous avons mandatée est publiée à temps, peut-être pourrons-nous commencer à discuter avec les pétroliers cette année déjà. Mais rien n’est moins sûr, ça prend du temps et nous ne sommes pas soutenus par le canton.

Dossier: les pétroliers de Vernier
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Richard Etienne -

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