Les Avanchets, entre utopie et désenchantement. (1/3)
Jeudi 11/03/2010 | Post� par SD
Une histoire d'Avanchet-Parc
"Fournir dans le silence, la solitude et face au soleil, à l’espace, à la verdure, un logis qui soit le réceptacle parfait d’une famille."
"Dresser face à la nature du Bon Dieu, sous le ciel et face au soleil, une œuvre architecturale magistrale, faite de rigueur, de grandeur, de noblesse, de sourire et d’élégance."
Ces idéaux sont-ils ceux qui ont guidé les concepteurs des unités d’habitation du Lignon et des Avanchets ? Dans le fond, c’est très probable. Ces principes sont en effet ceux qui animaient Le Corbusier, maître à penser de générations d’architectes, lorsqu’il réalisa dans les années 50 La cité radieuse, située à Marseille.
Sous les ‘amas de béton’ se cache la volonté de faire face, de la meilleure façon possible, à la nouvelle donne sociale résultant de l’explosion économique et démographique des années 60. Jusqu'à créer, pour le Lignon, cette entité décrite, faute de mieux, par ce que d’aucuns considèreront comme une antiphrase : ‘un adorable grand village.’
Pour le meilleur donc, qui ne parvient pas toujours à masquer le pire.
Après le tour d’horizon sur le Lignon réalisé hier par le journal Le Temps, nous nous proposons de plonger en trois temps dans l’histoire des Avanchets. En commençant par la période allant de la conception du projet à sa réalisation. Nous nous appuierons sur l'ouvrage d’Anita Frei, architecte et historienne. Intitulé Des logements de toutes les couleurs, une chronique d’Avanchet-Parc, cet opuscule fut en 1997 le fruit d’une commande de la Communauté des propriétaires d’Avanchet-Parc.
Inaugurés le 13 juin 1973, les 54 premiers appartements de la ‘dernière des grandes cités genevoises nées dans la prodigieuse expansion urbaine de l’après-guerre’, ne représentent qu’une infime partie de ce projet pharaonique. Il est en effet prévu ‘2096 appartements répartis sur 101 immeubles de 7 à 13 étages sur rez, avec deux niveaux de sous-sols.’ Mais depuis les premiers coups de pioches donnés pendant l’été 1971, c’est l’effervescence qui domine et avant même l’inauguration officielle, en avril 1973, les premiers habitants débarquent à l’aide d’une échelle puisque les escaliers n’étaient pas encore terminés !
Cet enthousiasme, cette fièvre même, est la résultante d’une gestation difficile. Genève, dans les années 60 –l’histoire se répète- est victime d’une grave crise du logement. Avec l’embellie économique, la surpopulation étrangère, l’urbanisation galopante et la spéculation foncière deviennent ‘les thèmes récurrents de la vie politique suisse.’ On compte, après 1955, 7300 habitants supplémentaires par an à Genève, contre seulement 340 20 ans plus tôt. ‘En moins de 30 ans, le canton double sa population résidente.’ La situation devient critique : pour la période 1956-1960, il n’y a en moyenne que ‘26 logements vacants pour l’ensemble de l’agglomération urbaine’.
La situation se débloque en 1957 avec la ‘loi sur l’expansion urbaine’ qui permet l’urbanisation de vastes étendues de campagne, à Meyrin, Lancy, Onex et Vernier, entre autres. Après les premières cités construites à Meyrin, puis au Lancy –la Cité Nouvelle- le Lignon voit le jour en 1964. La construction fait preuve d’audace. Elle ‘s’inscrit en réaction contre la monotonie géométrique’ des constructions récentes. Une audace qui inspirera les concepteurs des Avanchets.
1969. Année électorale. La crise du logement a pris un tour différent depuis l’initiative Schwarzenbach contre la surpopulation étrangère –initiative qui sera finalement rejetée en 1970. Il devient urgent de construire de nouveaux logements pour apaiser les esprits. Patrons et syndicats se rapprochent et créent une commission paritaire dont les buts ne sont pas sans rappeler les aspirations de Le Corbusier : "proposer un ensemble où les générations cohabiteraient, d’où la circulation automobile serait bannie, un véritable quartier vivant comportant un centre commercial, avec des appartements spacieux, bien isolés, et des cuisines équipées. Il faut apporter aux futurs locataires un véritable plaisir d’habiter et non seulement une possibilité de dormir à l’abri des intempéries. Bref, un ensemble qui correspondrait aux besoins d’un homme complet."
Le terrain sera trouvé par le chef du département des finances, Jean Babel (sic). Ce sera la parcelle de la pépinière Boccard (18 hectares), récemment acquise par l’entreprise Ernst Goehner SA. ‘Formant une vaste tache verte au milieu de villas disposées le long des routes et des chemins, ces terres à la périphérie de l’agglomération urbaine (…) étaient le royaume des lièvres.
L’entreprise Goehner, forte de trois réalisations à Champel et de nombreuses autres en Suisse alémanique et à l’étranger, soumet un projet en grande partie dicté par les contraintes naturelles. La proximité de l’aéroport tout d’abord, qui fixe la hauteur maximale des immeubles à 45 mètres et la situation de la parcelle ensuite, quadrillée par des voies à grande circulation. Il s'agit donc de créer ‘une ville dans la ville’, un ensemble autonome.
Portés par la récente réalisation du Lignon et son audace architecturale, les bureaux d’architectes proposent une implantation en araignée et des immeubles de toutes les couleurs. Ceci pour ‘écarter les alignements et les face-à-face affligeants, source de névroses pour ceux, et surtout pour celles (sic) qui en ont le spectacle quotidien.’
Nous voici de nouveau plongés au cœur d’un projet, dont la teneur dépasse la simple prouesse technique pour englober des préoccupations sociales et philosophiques. Il s’agit d’éviter ‘l’impression de masses écrasantes, inconvénient majeur des grands ensembles de constructions’, de séparer les automobiles des piétons (des questions de coûts ne permirent malheureusement pas de couvrir entièrement la rue centrale), et de réintroduire les concepts d’identité et personnalité.
Ces préoccupations seront doublées d'une visée sociale importante.
(A suivre...)
SD -
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Par bricoltrain