La morve au nez
Dimanche 29/11/2009 | Post� par SD
Edito
Un clic sur ce lien permet de prendre la mesure du raz de marée de ce dimanche en Suisse.La participation à la votation fut conséquente : 54,38%. Elle assoit la décision du peuple suisse. L’opposition aux minarets atteint plus de 70% dans certains cantons. Un plébiscite.
Seuls trois cantons romands se distinguent par leur refus. Bâle-Ville, outre Sarine, fait figure de résistante. Le «non» le plus fort est venu de Genève : 59,7%. Il s'agit, comme le rappelle le site de la TSR, du seul endroit en Suisse romande où une mosquée est flanquée d'un minaret. Bâle-Ville, quant à elle, était l’une des rares villes à avoir interdit l’affiche insultante des partisans du «oui». Genève, qui a également approuvé le projet de train transfrontalier CEVA, se pose en îlot d’ouverture et de tolérance, malgré la récente victoire du MCG, qui semble n’être plus qu’un mauvais souvenir. Mais les milieux économiques frémissent déjà.
Après de nombreuses tentatives avortées, une initiative de l’UDC –avec ici l’aide de l’UDF- triomphe. Un triomphe qui est celui de la peur et du repli. De la désinformation aussi. L’UDC devra en assumer les conséquences politiques et économiques. Ce qu’elle fait avec bonne grâce aujourd’hui. «Nous assumons sans difficulté ce résultat», affirme, serein, le vice-président de l'UDC Yvan Perrin. Et demain ?
Le «minaret de la discorde» n’a jamais été qu’un écran de fumée. Son rôle et sa présence anecdotique en Suisse le prouvent facilement. L’UDC, en l’instrumentalisant, s’est pris les pieds dans le tapis. "Le plus douloureux pour nous n'est pas l'interdiction des minarets, mais le symbole renvoyé par cette votation" souligne Farhad Afshar, le président de la Coordination des organisations islamiques en Suisse (COIS). «Un coup de poing en pleine figure» pour les musulmans de Suisse, lance Ueli Leuenberger, le président des Verts.
Un symbole fort et négatif qui ne manquera pas d’ébranler la position de la Suisse; déjà fragile, sur le plan international. Les Verts veulent en appeler à la Cour européenne des droits de l'homme pour violation de la liberté religieuse. Mais il est trop tard. Le mal est fait. Si la Suisse est citée en exemple aujourd’hui, c’est par le Bloc identitaire : « Pour toute l’Europe, ce vote suisse résonne comme un coup d’arrêt et un espoir. Un coup d’arrêt à l’islamisation de l’Europe, et l’espoir du réveil des peuples européens pour la défense de leur civilisation. »
Par ce vote, les Suisses ont rappelé aux musulmans quelle devait être leur position. Silencieuse. Invisible. Un mauvais point pour l’intégration et la concorde. Comme un coming out politique et populaire grâce auquel une nébuleuse d’idées approximatives et étriquées -qui n’avaient jamais été encore formulées- fait surface. Elles couvaient depuis plusieurs décennies.
La Suisse traîne bien d’autres casseroles. Qui ont toujours été étouffées par le sceau du secret. Bancaire par exemple. Ce vote lève pour la première fois le voile sur une Suisse qui ne veut plus se cacher. Une Suisse loin des clichés idylliques qu’elle vendait, bienveillante. Ce soir, Heidi a la morve au nez.
Mots-clés : Suisse, minarets
SD -
Commenter l'article


Réactions des internautes
Dimanche 29 Novembre 2009, 21:44
Signaler un abus
chouette billet.Etienne Doyen
Répondre -
Mercredi 2 Décembre 2009, 11:40
Signaler un abus
N'est-ce finalement pas paradoxal pour des croyants que de vouloir être visibles, alors que leur foi les unit à une entité "supérieure" invisible qui, en outre dans l'islam, ne peut être représentée?...Par ailleurs, une religion qui communique, c'est une religion prosélyte.
Or, on l'a vu avec la chrétienté mais aussi avec l'islam, une religion prosélyte et politisée provoque toujours des malheurs.
Je finis par ces quelques mots de l'imam Tareq Oubrou de Bordeaux (France), pourtant membre de l'UOIF (organisation proche des Frères musulmans, mouvance islamiste égyptienne):Faut-il croire qu'il s'agit d'un imam "raciste, xénophobe, islamophobe, intolérant" etc etc?......
Par ailleurs, la Suisse est considérée comme un exemple de démocratie.
Peut-on bafouer l'expression d'un peuple, au nom des droits de l'Homme?
Difficile question.
Répondre -