La fable du ruisseau qui avait peur du béton.
Mardi 04/05/2010 | Post� par SD
Mots
De retour de la cité phocéenne et du séminaire européen autour de l’écrit et des expériences engagées avec les habitants, le VBB a eu la joie -heureux hasard- de recevoir une contribution littéraire de l’un de ses lecteurs, Edouard Mancini, habitant des Avanchets.
Marseille donc. Cours Belsunce. Theâtre de l'Alcazar. A deux pas, le Vieux Port.

Pendant une journée, acteurs culturels et amoureux des mots ont parlé de leurs expériences autour de l'écrit engagées avec les habitants. Nous y reviendrons prochainement. Dans l'attente, le Marseille Bondy Blog, dont nous avons rencontré deux blogueurs, y fait allusion ici, en texte et en images.
Et voici le texte proposé par Monsieur Mancini, dont nous ferons le portrait prochainement. Le destin d'un petit ruisseau devenu grande cité, qui rêve, lui aussi, de méditerranée...
Tu apportais aux riverains, fraîcheur et beauté pour les yeux. Oh tu n'étais pas très profond et tu n'avais pas un débit conséquent, Et encore moins des sursauts de tempêtes ou de coups de vent. Tu avais un air tranquille et aucun bateau ne flottait sur ton dos, Mais une vie intense, dans ton eau claire, depuis longtemps avait éclos. C'était, selon Jean-Jacques Rousseau, la vraie nature, celle de l'équilibre, Où rien n'est de trop, où tout se complète, s'ajuste et où tout vibre, Une sorte de parc, où étaient réunies toutes les belles choses de la création, Que la Genève de l'époque vint contempler : à pied, à cheval ou en phaéton. Les voyageurs, venant de très loin, d'outre Jura ou d'outre Salève, Ils repartaient souvent se demandant pourquoi, toi ruisseau si discret, Puis un jour, pour toi le ruisseau, l'avenir devint subitement sombre, Tu entendis parler de projets pour bâtir des immeubles en grands nombres, Ils furent élaborés et mis en chantier et toi, l'Avanchet, tu fus bien conscient Que ton passé fleuri deviendrait un présent et un avenir en béton. Le monde avait changé et la ville de Genève allait déborder dans le canton, Sur la campagne où quelques décennies auparavant on faisait les moissons Résigné tu te tins coi et, sur une lieue, tu as dû accepter qu'on te mette sous un toit, Adieu les belles nuits étoilées, la Lune suspendue à son fil et le Soleil du soir. Tant de souvenirs proches ou lointains resurgirent de ta mémoire, Certains joyeux, d'autres moins et parfois même contraires à la loi. Ta grande peur fut d'être oublié, effacé de la carte, de la mémoire des hommes, Les promoteurs et marchands de béton firent un geste, apportèrent leurs remarques, Et pour qu'à l'avenir on ne t'oublie pas, ils appelèrent la Cité Avanchet-Parc L'expérience montra, par la disposition des lieux, que l'idée était bonne. Ainsi, toi modeste ruisseau appelé Avanchet, qui avait été l’élément majeur d'un parc végétal, Tu es devenu le symbole d'un parc multiculturel, une sorte de microcosme international. Cependant, comme depuis des lustres tu laisses tes eaux se déverser dans le Rhône, ce fleuve du Mistral, Qui, un peu grâce à toi, va produire de l'énergie en faisant tourner les turbines des centrales. Ne dit-on pas que " les petits ruisseaux font les grandes rivières ", avec toi le dicton se vérifie, Te voilà intégré dans la grande rivière multiculturelle des Avanchets pour y améliorer la vie. Depuis peu, ton nom apparaît aussi aux frontons des trams nouvellement arrivés dans la cité, Tout ce qui t'arrive depuis quelques années, qui l'aurait pensé, l'aurais-tu imaginé? Non ! Mais tu auras été là pour que la cité porte un nom qui engage à la paix et à la sérénité, N'est-ce pas cela qui importe le plus pour que continue la belle histoire de l'Humanité ? N'allons pas chercher la paix chez les autres ou au dehors, Apportons-la avec nous, sans bruit. Tu as eu peur mais, finalement et comme souvent, tout est bien qui finit bien.
SD -
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Par Romuald