L'Agora reprend ses marques
Mardi 24/05/2011 | Post� par Luyindula Ngimbi
Comment la situation des requérants d'asile évolue-t-elle en Suisse ? Rencontre avec deux représentants de l'association d'aide basée à Vernier
"Nous aimerions être, en excluant tout prosélytisme, signes de l'accueil de Dieu, afin que les personnes que nous rencontrons gardent ou trouvent une lueur d'espoir, même si elles doivent aussi perdre beaucoup d'illusions. Dans ces accompagnements nous désirons aider les requérants à mobiliser leurs propres ressources (personnelles, communautaires ou culturelles) de vie et de foi, ou à en découvrir de nouvelles dans l'amitié d'un regard ou d'une main tendue…" Extrait de la charte de l’Agora
Deux années après s’être installée au Foyer des Tattes -Chemin de Poussy n°1- à Vernier ; l’Agora reprend du poil de la bête. L’Aumônerie Genevoise Œcuménique auprès des Requérants d’Asile et des réfugiés poursuit sans faille ses objectifs, à savoir l’aide aux demandeurs d’asile. Pourtant, l’association doit faire face au durcissement de la politique d’asile et à l’annonce de l’arrivée massive des réfugiés du « Printemps arabe. »
Créée en 1987, l’Agora est composée d’«une équipe d'aumôniers catholiques et protestants, soutenue par des bénévoles, des stagiaires et des civilistes » qui « assurent une présence chaleureuse des Eglises auprès de cette population fragile. » Le ministère reste présent auprès des requérants d’asile en leur assurant un soutien dans la zone de transit de l’aéroport de Cointrin et au centre de Frambois -où sont détenus des demandeurs d’asile en voie d’expulsion. L’institution assiste aussi ceux qui vivent dans différents foyers et logements individuels.
Dans l’interview qu’ils nous ont accordée, les Aumôniers Pierre DURRENMATT et Anne Madeleine REINMANN rassurent plus que jamais sur la présence du Ministère auprès de ceux qui viennent chercher refuge en Suisse.
VBB : Comment voyez-vous la situation de l’asile aujourd’hui en Suisse ?
Pierre D. : Ca se durcit et Anne-Madeleine peut développer, elle qui fait partie du comité d’éthique. On cherche toujours de nouveaux obstacles à mettre sur la route des requérants. Ca reste un sujet très sensible. La politique d’asile joue plus que jamais sur la peur : on fait peur à la population, on effraie les requérants. Par exemple, à la suite de tous les changements qui interviennent en Afrique du nord, les gens s’attendent à être envahis par des milliers et de millier de RA. Une crainte entretenue. Pourtant, récemment à la radio j’entendais qu’il y avait eu une baisse des demandes le mois dernier. Partout en Europe et y compris en Suisse, on pense d’abord à faire peur. L’Hospice Général prévoit déjà de trouver de nouvelles solutions mais on oublie par exemple qu’on a géré jusqu’à 48000 RA par année pendant la guerre du Kossovo. Et la Suisse est tout à fait capable de répondre si tout à coup il y a un besoin comme cela. Mais on nous fait peur avec moins que ça !
VBB : Certains pays de l’UE veulent relancer les contrôles aux frontières dans l’espace Schengen. Qu’en pensez-vous ?
AMR : Je ne suis pas au courant mais cela ne m’étonne pas. Cela reflète une ambiance politique générale.
VBB : Sentez-vous déjà la présence de réfugiés tunisiens ou autres aux frontières ?
AMR: Pas du tout, juste une femme depuis le début 2011. Ni syriens, ni libyens, ni egyptiens ou autres ne sont venus en sol helvétique depuis le printemps arabe.
VBB : Vu la nette diminution des Requérants d’asile, le volume de travail a-t-il baissé à Elisa ?
AMR : Beaucoup sont dans des situations difficiles. Avec les accords de Dublin se pose le problème de renvoi des personnes dans les pays où ils sont passés et déposé leurs empreintes digitales. Une bonne partie du travail d’Elisa consiste à faire des recours par rapport à ces personnes là. La Suisse n’utilise jamais sa clause de souveraineté qui pourrait faire que ces personnes ne repartent forcement pas dans des cas dramatiques mais qu’elles deviennent des RA en Suisse. Mais comme elles sont passées par l’Italie, Malte et autres.. Elles sont renvoyées systématiquement. Et donc Elisa ne manque pas de travail mais plutôt le contraire. Mais c’est momentané qu’il y a moins de RA comme on disait avant c’est cyclique ; donc je pense qu’il y a toujours énormément de travail à faire. On est pas du tout envahis par des RA, vraiment pas.
VBB : Plus on durci la politique d’asile plus les plaintes des RA se multiplient ?
AMR: Les RA se plaignent relativement peu, je trouve que l’aide d’urgence est une vraie honte. C’est très difficile de voir dans quelles conditions on laisse vivre ces gens et toutes les frustrations que cela crée. On leur fait peur, on leur fait comprendre qu’ils ne sont pas les bienvenus. Souvent, il n’y a pas de solutions pour leur avenir. On les contraint à vivre dans des conditions inacceptables. C’est de pire en pire.
VBB : Connaissez-vous une diminution de fréquentation suite à votre déménagement ?
Pierre D. : Je pense que l’information circule de bouche à oreille. S’il quelqu’un doit nous trouver, il trouvera son chemin. Et puis entre Ikea et nous il y a juste la grande avenue. Et je ne crois pas qu’on a été confronté à ce type de problème (la baisse de fréquentation NDLR). Là où on était, quand il y avait beaucoup de monde et qu’il faisait beau on allait dehors. Malheureusement, ici nous manquons cruellement d’espace notamment pour les entretiens. On ne peut s’éloigner les uns des autres, et c’est peut-être la seule chose qui est moins bien qu’avant. D’ailleurs, il faut se débrouiller pour trouver un petit coin. Bien souvent, la cuisine se transforme en un endroit où l’on discute pour un entretien ou pour un petit travail parce qu’on a quand même perdu une bonne moitié de surface. On ne se fait pas beaucoup d’illusion quand on voit la situation du logement à Genève. Ça serait bien d’avoir plus d’espace. On s’adapte à toutes les situations et l’on fait avec. L’esprit de l’Agora est toujours le même.
Pierre D : Dernièrement, on a dû dédoubler nos cours. Nous avons 8 ordinateurs et une vingtaine de personnes préparent a diplôme européen ECEDEL. Ils le passent gratuitement.
VBB : Il y a aussi ceux qui viennent suivre des cours de français ?
Pierre D : Oui, certains viennent pour parfaire leur français, pour faire plus d’exercices et d’autres viennent à leur rythme, de manière individuelle. Cela montre que nous sommes souples, nous nous adaptons au cas par cas…
VBB : Pour vous faire connaître vous avez lancé un site Internet...
Pierre D : On a déjà par deux fois eu un site mais il nous fallait surtout une équipe pour l'alimenter. On a maintenant des bénévoles qui organisent le site très régulièrement. Nous n’avions pas les ressources il y a deux, trois ans en arrière de le faire.
VBB : Actuellement, on loge aux Tattes quatre personnes dans 16 mètres carré, soit une chambre. Avez-vous été consulté par l’Hospice Général ?
AMR: Pas du tout, Il n’y a pas eu de concertations. Mais nous sommes au courant.
Mots-clés : Requérants d'asile, Tattes, Frambois, AGORA, Suisse

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Par bricoltrain