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In the making #3: Une fin d’après-midi à l’Eclipse

Lundi 15/02/2010 | Post� par SD

Sur le terrain

Mercredi 10 février, 16h00. « L’araignée de toutes les couleurs » est toujours aussi calme. La léthargie hivernale n’a pas quitté les Avanchets. Vivement que le quartier reprenne vie ! Pour l’instant, de rares promeneurs au pas vif se hâtent de rejoindre la chaleur de leur domicile. La grande cité garde ses secrets.



La vie, elle, n’a pas quitté l’Eclipse, la Maison des jeunes. De loin, on perçoit une clameur qui laisse deviner l’agitation du lieu. J’arrive en pleine bataille rangée de boules de neige.


 

C’est la première fois que je me rends seul à l’Eclipse, sans Virginie, la TSHM. Quelques regards se font interrogateurs, et une jeune fille rompt un silence un peu pesant : « vous êtes policier ? ». Il me faudra probablement du temps pour établir un lien de confiance.

Serge m’accueille. Catherine est absente aujourd’hui. Je m’installe au comptoir, commande une boisson et me fais oublier. Serge me raconte son expérience à bâtons rompus. Dix-huit ans qu’il travaille ici, avec quelques interruptions. Il évoque les générations de jeunes qui se sont succédé, essaie de les comparer. Difficile. Une impression fait surface. « Maintenant la violence devient gratuite. Avant, il y avait un code d’honneur, on pouvait dialoguer. C’est devenu plus difficile, plus flou. »

Les ados vont et viennent par vagues. Pendant un quart d’heure la salle est quasiment vide, mais peut se remplir en quelques secondes. La vague reflue aussitôt. Ici, on joue au ping-pong, au babyfoot, à la Playstation, on tente d’assouvir son insatiable appétit d’ado avec les sandwiches de Serge, on s’apostrophe, on se bouscule, on blague. « Beaucoup de parents interdisent à leurs enfants de venir. Sans connaître le lieu. C’est dur de dépasser les préjugés » raconte Serge. Débonnaire, ce dernier travaille avec un calme sidérant. Il entretient un rapport amical avec les jeunes, qui le chambrent volontiers, mais le respectent, aussi. Car Serge a de la poigne. Il le prouvera un peu plus tard.

 

Pour l’heure, alors qu’une partie de dés anime l’autre bout du comptoir depuis mon arrivée, une jeune fille défie Serge au UNO et m’intègre d’office dans le jeu. Alors que la partie est très mal engagée pour moi, une bagarre éclate au fond de la salle. Serge se précipite. Il intervient avec fermeté, sépare les belligérants et en évacue une partie dehors. Soner, son jeune assistant, s’assure que les hostilités ne se poursuivirent pas à l’extérieur. Ma camarade de jeux suit le mouvement. Me voilà seul devant mes cartes. Pendant de longues minutes, la tension est palpable, les invectives fusent, les provocations aussi. Des jeunes sur la brèche, qui ont envie d’en découdre. « La violence gratuite » que Serge évoquait ? Contre qui, pour quoi ? Serge ne se démonte pas, son calme et son autorité en imposent. On le sent perplexe. « Il y a quelques semaines, le local a été cambriolé. Par des jeunes qui le fréquentent. » Quand l’incompréhension fait office de commentaire. Aujourd’hui la bagarre semble être le résultat d’un malentendu. « L’un des jeunes impliqué parle mal le français et aurait mal interprété une plaisanterie. » Une tentative d’explication.

La partie de UNO est toujours étalée devant moi. Je l’avais oubliée. La jeune fille revient. Un bon quart d’heure s’est écoulé. « Vous êtes toujours avec vos cartes » me lance-t-elle, moqueuse. Pour se rattraper peut-être, elle propose de finir la partie.

17h30. Avant de partir, je parle quelques instants avec Soner, le jeune assistant de Serge. Il note consciencieusement le nom des jeunes de passage. « A peu près 70 par soir. » Son nom veut dire « le dernier guerrier » en Turc. Il me signale qu’il a de la famille dans au moins une dizaine de pays. Qu'il se sent avant tout citoyen du monde. Le regard franc, le verbe sûr, Soner prend sa fonction au sérieux. Il a un but, lui. Un travail. Est-ce ce que recherchent les autres ?

J’ai évoqué brièvement le Vernier Bondy Blog lors des deux heures passées avec Serge et ‘ses’ jeunes. Un peu d’intérêt, certes, mais pas encore de courageux volontaires. Selon une récente étude, « la proportion de blogueurs chez les 12-17 ans  a été divisée par deux depuis 2006 (de 28 à 14%). A contrario, le taux des jeunes internautes possédant un profil sur un réseau social a bondi de 55 à 73%. » Sur Internet aussi on se dirige vers l’ère du paraître. « Moins d'effort, plus de visibilité. » « Les jeunes ont vite compris qu'un compte Facebook est beaucoup plus adapté et  efficace qu'un blog pour exalter sa vitrine de soi. »

Pas grave, comme le signale l’auteur de l’article, « le bruit de fond généré par les blogs "EGOlogiques" va s'atténuer et donc laisser plus de visibilité aux blogs de contenus ». Comme celui-ci. Et les blogueurs en herbe que je ne manquerai pas de rencontrer seront, eux, réellement motivés. 
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SD -

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