"Il faut une passion pour les autres"
Dimanche 12/12/2010 | Post� par SD
Lourdes est un petit bout de femme hyperactif. Le succès de ses "repas du mercredi" ne tarit pas. Rencontre et ambiance.
Mercredi, 12h00. Déjà quelques convives sont attablés dans la petite salle communale qui jouxte la barre des Libellules. Aujourd’hui, c’est feijoada au menu. Concocté par Lourdes. Comme chaque semaine depuis 2002.
Lourdes me reçoit avec son éternel sourire qui porte un étonnant dynamisme. A plusieurs reprises, nous nous étions croisés dans Vernier: lors de fêtes populaires, ou à la Maison de Quartier des Libellules, dont elle est membre du comité associatif. Mais c’est en tant que fondatrice de l’AQHL (Association du Quartier des Habitant-e-s des Libellules) qu’elle me réserve aujourd’hui cet accueil de gastronome.
La vaste pièce communale est déjà décorée pour Noël. "Le 17 décembre, c’est le repas de Noël, tu devrais passer..." glisse-t-elle, l’œil malicieux. Côté cuisine, Lourdes est épaulée par Dolores. "Des fois je suis toute seule…" Dans une grande marmite mijote une feijoada, un plat typique du Portugal, à base de haricots noirs (feijão : haricot en portugais), de riz et de viande de porc. Roboratif et excellent. Une alternative sans porc a aussi été préparée. "Ce que j’aime, c’est que tout le monde vient ici… Regarde : il y a des ouvriers, des familles, des jeunes, des personnes âgées. Des fois, ceux de la Mairie passent manger…" énumère-t-elle avec son accent délicieux. Il y a un noyau d’habitués. "On vient pour l’ambiance, et pour Lourdes", explique l’un d’eux, âgé d’une vingtaine d’années. Probablement pour le prix, aussi : une thune par repas, boissons comprises, pour les 13-18 ans. Entre 30 et 50 repas sont servis chaque mercredi.
Lourdes pose ses valises en Suisse en 1985. Elle arrive de Lisbonne. Elle est de passage, en vacances. Et décide de ne plus repartir. "J’ai tout de suite aimé Vernier", se rappelle-t-elle. "Je n’imagine pas habiter ailleurs." Amour pour Vernier, et pour ses habitants. Elle m’entraîne vers le fond de la salle et sort quelques albums photos. Alors que défilent les fêtes et les années, elle signale tel ou tel visage, maintenant parti. "Certaines familles s’en vont…" La nostalgie n’est pas loin. "Pour faire tout ça (elle balaie la salle de la main), il faut un peu de courage, admet-elle, mais surtout une passion pour les autres. C’est la seule chose qui fait avancer."
Les autres, elle y pense, souvent. "Parle des jeunes dans ton reportage, ils valent le coup" lance-t-elle. Avant de s’inquiéter des horaires d’ouverture de la nouvelle Maison de Quartier : "il faut des structures d’accueil ouvertes plus souvent. Je vais en parler au maire." Lourdes n’a pas froid aux yeux. Et son franc-parler fait mouche. Parmi les jeunes, je note qu'il n’y a presque pas de filles aujourd’hui. Pourquoi ? "C’est vrai, les filles sortent peu avec les garçons. En plus, il n’y a pas beaucoup d’activités pour elles", regrette-t-elle. Je laisse de côté ce sujet épineux –pour mieux y revenir plus tard- alors que Lourdes me guide vers la table des jeunes. "Il faut que tu manges maintenant."
Je swagg sur la gauche, je swagg sur la droite/Automatique sur les genoux, bouteille de Jack sur la table... "Ca sonne bien non ? Ouais il est un peu simplet des fois t’as vu Booba, mais là ça m’est resté dans la tête. Tu t’en débarrasses pas tu sais." "Booba il abuse des fois dans les rimes mais Rhoff t’as vu c’est encore pire." Après cette brève exégèse comparée, l’un de mes co-luncher d’un jour se saisit du 20 Minutes. "Je le lis tous les jours. Si je l’ai pas dans le bus je vais sur mon Natel sinon je suis trop en manque." Et la Tribune de Genève ? "Je supporte pas les journaux dont les pages sont pas agrafées. Après quelques minutes t’en as partout." Le Matin ? Bof... Le Temps ? "Celui-là on sait même pas où le trouver…"
Mon petit sondage et les trois bouteilles de coca terminées (eeh on a bu trois bouteilles aujourd’hui quand même !), il est temps de partir. Certains retournent bosser, ça n’attend pas. D’autres ont l’après-midi pour eux. Ils songeront à leur carrière de footballeur à l'état d'esquisse, ou chercheront fébrilement la rime juste pour le groupe de rap local. On ne choisit pas toujours. Quoiqu'il arrive, les uns et les autres se retrouveront, même heure, même jour, pour le repas du mercredi…
SD -
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Par bricoltrain