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“Il faut organiser une grande table ronde autour du pétrole à Vernier”

Dimanche 23/01/2011 | Post� par Richard Etienne

Interview de Jean-Pierre Passerat, directeur de SAPPRO, la société qui gère le pipeline côté suisse

Vous êtes donc le porte-parole des pétroliers de Vernier (cf billet précédent)?

Pas du tout, j’ai certes souvent été cité dans la presse, et peut-être été institué de facto porte-parole par certains journalistes en manque de repères, mais il n’y a aucun représentant des pétroliers à Vernier. C’est ce qui rend les discussions difficiles. En réalité, c’est très compliqué : les dits “pétroliers” ne forment pas un groupe homogène. Ici, il y a un grand mélange: cinq sites, des “Majors” (Total, Shell, Eni, Tamoil, Esso, BP), d’autres (Migrol, Cica, Avia), des exploitants, des locataires, des propriétaires, des revendeurs, et ils sont souvent en concurrence. Par exemple, quand on parle de déplacer le site de SASMA (celui qui est en face d’Ikea), certains pétroliers se réjouissent. Quand on parle des “pétroliers” dans les médias, ça arrange tout le monde, car personne n’est visé.

Difficile d’avoir des discussions avec les représentants politiques de la commune dans ces conditions j’imagine...

Très difficile. D’ailleurs on n’en a pas, malgré ce qu’on pourrait croire quand on lit dans les journaux qu’il y a débat sur les citernes verniolanes. Il y a certes quelques échanges bipolaires entre un politicien et un “pétrolier”, ou par communiqués ou médias interposés. C’est dommage, il faudrait organiser une grande table ronde - avec les multiples représentants du canton, de la commune et du pétrole - et se parler si on entend avancer... Mais ce ne sera pas facile, on communique très peu, ce monde est opaque et souffre d'une forme d'autisme, à Genève, il y a surtout des exécutants. Les décisions se prennent ailleurs. Cela dit, du côté des politiciens, les propositions ne viennent pas. La dernière discussion que j’ai eue avec l’un d’eux est tellement ancienne que je ne me souviens plus de la date ; en 2003 je crois. Et la prochaine n’est pas organisée.

Faut-il déplacer les citernes?

Je pense qu’il est trop tard et que ça coûterait énormément d’argent. Quatre raisons expliquent pourquoi elles doivent rester dans la commune: le pipeline souterrain y arrive, il est compliqué de le déplacer. Les 400 à 500 camions qui viennent chaque jour prendre les produits raffinés
ont la possibilité d'être connecté directement aux grandes voies de circulation (autoroute, rte de Vernier, rte de Meyrin). Les rails des trains qui viennent chercher le pétrole sont bien en place. Le pipeline amenant le kérosène à l’aéroport également. Enfin, le site se trouve tout près de l’aéroport. De plus, les propriétaires des sites sont également propriétaires des terrains, à moins qu’ils aient des droits de superficie pour une très longue durée, renouvelable. Si on exigeait leur départ, la bataille juridique serait interminable. On aurait dû réfléchir à tout ça au moment d’installer ces cuves, pas maintenant.

Pourquoi les a-t-on installées ici?

Tout commence au début du XXe siècle, avec
l’explosion d’une usine à gaz sur le site d’Artamis. Pour éviter une nouvelle catastrophe au centre ville de Genève, il a été décidé de déplacer l’usine en campagne, à Vernier. Du coup, les charbonniers (on faisait du gaz à partir du charbon) ont également déménagé pour rester aux côtés de leurs clients principaux. Les nouveaux stocks de charbon de la commune se sont transformés en cuves de pétrole après la deuxième guerre mondiale, quand le monde a commencé à privilégier l’or noir. Depuis, les citernes sont là.

Elles sont vieilles, du coup.

La présence de citernes date des années cinquante mais elles font l'objet de rénovations et de mises à niveau sécuritaire très régulièrement. L'usure de tels infrastructures est quasi nulle. Elles sont entretenues au quotidien et respectent les normes de sécurité suisses, très élevées. Le gaz, qui il y a dix ans s’échappait dans l’atmosphère, est désormais récupéré, en respect de la loi sur la protection de l’environnement. Chaque cuve est munie de bassins de rétention étanche (capables de retenir l’équivalent de la quantité de sa plus grande citerne), d’un système de détection d’hydrocarbure, d’injection de mousse automatique, d’un circuit de refroidissement d’eau. En cas de souci majeur, une centrale permet de pomper l’eau du Rhône si les pompiers en ont besoin. La peinture blanche du haut des cuves permet d’abaisser la température du pétrole de huit degrés. Le pétrole, qui libère ainsi moins de gaz, est moins dangereux. Enfin, dix fois par année, les pompiers viennent s’exercer. Grâce à ces normes de sécurité suisses, il n’y a jamais eu de problème avec les cuves. Seule faille dans la sécurité, le manque étonnant de gardien. Ceux qui veulent entrer dans ces sites et grimper sur les cuves n’auront pas de problèmes à le faire.

***

Ce ne sont pas les journalistes du gratuit 20 Minutes qui diront le contraire. L’un d’eux s’est risqué dans “
un site dangereux ouvert à tous les vents” et en a parlé vendredi 21 janvier 2011 (cinquième page, article principal, autant dire que toute la Romandie est au courant). C’est vrai qu’il est facile de visiter ces sites et de monter sur les cuves sans autorisation, d’où est-ce que vous croyez que j’ai pris la photo du premier billet? Du sommet d’une citerne du site de dépôt de SOGEP 1, bien sûr. Elle montre le site de dépôts de SASMA, en face. Je confirme donc: on entre dans certains sites comme dans un moulin.

Dossier: les pétroliers de Vernier
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Richard Etienne -

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