Décryptage d’une affiche
Mercredi 02/03/2011 | Post� par Richard Etienne
L’UDC n’y va pas par quatre chemins. Trompe-t-elle son monde?
L’affiche de l’initiative de l’UDC lancée contre les citernes de Blandonnet devrait apparaître dans les rues de Vernier dans les prochains jours. "Elle risque bien d’allumer le feu", craignent plusieurs personnes dans la commune.L’histoire, les importants dispositifs de sécurité et un récent rapport d’Eco Swiss contredisent le raccourci mis en avant par l’affiche, à savoir qu'à Vernier tout risque d’exploser comme à Buncefield au nord de Londres, en décembre 2005. Le dernier incident causé par la présence des citernes verniolanes date du 26 janvier 1992 au matin, quand 500'000 litres de kérosène s'échappaient dans un bassin de rétention. Le Rhône était indirectement pollué, la compagnie BP accusée (avant d’être acquittée). Depuis plus rien. C’était il y a 19 ans, et on était loin du scénario catastrophe de Buncefield, qui ne s’est jamais produit à Vernier. Quant aux importants dispositifs de sécurité, nul besoin d’y revenir, ils sont exposés ici. Retenons simplement ces propos de Jean-Pierre Passerat, directeur de SAPPRO, la société qui relie l’oléoduc de Marseille à la Suisse: chaque cuve est munie d’un système de détection d’hydrocarbure, ce qu’il n’y avait pas à Buncefield et qui aurait pu épargner le site anglais de la catastrophe. “Ici, on aurait su à l’avance qu’il y a une fuite, ce qui nous aurait permis d’agir en conséquence avant un éventuel accident”, conclut le pétrolier. Enfin, du “résumé de l’étude de risque du dépôt SASMA de la PetroStock SA” (l’initiative de l’UDC vise les citernes de SASMA et non les quatre autres sites pétroliers de Vernier) d’Eco Swiss, retenons la conclusion: “Les recherches existantes et les recherches complémentaires maintenant disponibles des différents scenarios relatifs aux accidents majeurs ont montré que le risque était acceptable [selon l’ordonnance fédérale sur les accidents majeurs, article 7]. Le rapport d’Eco Swiss a été validé par Pascal Stofer, collaborateur scientifique du Service de l’environnement et des entreprises de la ville de Genève.
Dans ces conditions, pas sûr qu’une telle affiche ne plaise aux pétroliers. Eux qui se sont souvent dits prêts à discuter. Ceux qui ont même souhaité avant l’UDC vouloir participer à une table ronde, pourraient bien changer d’avis. Quand Jean-Claude Passerat a répondu à mes questions concernant l’initiative du parti agrarien, il regrettait son côté électoraliste (une initiative à quelques semaines des élections communales) et “déconstructif”, tant les promesses de l’UDC sont irréalisables (l’initiative laisse entendre que le site de SASMA pourrait disparaître dès 2012, alors que ses propriétaires détiennent des droits de superficie jusqu’en 2032, et ils sont renouvelables pour 30 ans. 2062, donc). C’était avant l’affiche. “La souris ne peut pas s’exprimer”, regrettait également le porte-parole de l’Union pétrolière suisse Philippe Cordonier en janvier 2011 déjà. A propos des litiges entre le canton et la commune au sujet des citernes, voici ce qu’il disait: “Les pétroliers sont comme pris entre ces deux feux [...]. Les pétroliers sont comme une souris avec laquelle deux chats (Vernier et Genève) jouent. Et la souris ne peut pas s’exprimer. [...] Les politiciens jouent avec quelque chose qui ne leur appartient pas. C’est à se demander pour qui ils se prennent...” L’affiche de l’UDC illustre cet exemple: alors qu’aucun pétrolier n’est consulté, une initiative s’en prend à leur terrain.
Enfin, en lançant une telle initiative, l’UDC rompt le consensus qui semblait régner à la commune autour des citernes et, selon certains politiciens qui souhaitent rester anonymes, “bouscule le travail constructif d’Yvan Rochat”, conseiller municipal vert en charge des citernes. Le principal concerné s’inquiétait déjà dans le VBB il y a quelques semaines: “Il y a un consensus assez fort même s’il y a quelque chose de bizarre. L’UDC, dans cette année électorale, se met en avant en proposant une initiative communale […]. Le parti fait certes avancer le débat mais pas de façon constructive, tant ses arguments sont simplistes. On peut d’ailleurs dire que l’initiative ne sert à rien car elle surfe sur des idées déjà proposées. J’espère que ce faisant, l’UDC ne va pas faire rompre le consensus.” Et Pierre Ronget, conseiller libéral à Vernier depuis 32 ans de poursuivre aujourd’hui: “l’UDC a rompu le consensus, c’est très regrettable, car l’union faisait notre force.” Le MCG, le PDC et les Radicaux soutiennent l’initiative, contrairement au PS et aux Verts, dernier point qui suscite l’incompréhension de l’UDC Stéphane Valente, très actif sur son blog hébergé par la Tribune de Genève.
Dossier: les pétroliers de Vernier
Mots-clés : citerne, pétrole, vernier

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Par bricoltrain