"Construire le monde de demain riche de ses différences"
Mardi 23/03/2010 | Post� par SD
Compte rendu
Plus de 50 événements dans Genève ont fait de la Semaine internationale d’actions contre le racisme 2010 une période foisonnante portée par la réflexion et la création. Retour sur la soirée organisée mercredi dernier par Graines de Paix, Jeunesse & Co et les TSHM aux Avanchets.
"Celui qui, publiquement, aura incité à la haine ou à la discrimination envers une personne ou un groupe de personnes en raison de leur appartenance raciale, ethnique ou religieuse;
Celui qui, publiquement, aura propagé une idéologie visant à rabaisser ou à dénigrer de façon systématique les membres d’une race, d’une ethnie ou d’une religion;
Celui qui, dans le même dessein, aura organisé ou encouragé des actions de propagande ou y aura pris part;
Celui qui aura publiquement, par la parole, l’écriture, l’image, le geste, par des voies de fait ou de toute autre manière, abaissé ou discriminé d’une façon qui porte atteinte à la dignité humaine une personne ou un groupe de personnes en raison de leur race, de leur appartenance ethnique ou de leur religion ou qui, pour la même raison, niera, minimisera grossièrement ou cherchera à justifier un génocide ou d’autres crimes contre l’humanité;
Celui qui aura refusé à une personne ou à un groupe de personnes, en raison de leur appartenance raciale, ethnique ou religieuse, une prestation destinée à l’usage public,
sera puni de l'emprisonnement ou de l'amende."
C’est en citant l’article 261 bis du Code Pénal suisse sur la discrimination raciale qu’André Castella, le directeur du Bureau de l’Intégration des Etrangers de l’Etat de Genève, a ouvert le débat qui s’est tenu mercredi dernier dans la Salle des Fêtes des Avanchets.
Organisée de concert par l’ONG Graines de Paix et l’Association Jeunesse & Co, cette rencontre multiculturelle et citoyenne s’est articulée autour des pensées d’ouverture contenues dans différentes confessions. Parmi les quatre intervenants orchestrés par le journaliste de la RSR Fabien Hunenberger se trouvaient en effet un professeur de littérature de confession musulmane, Shady Ammane, un enseignant versé dans l’étude du Talmud, Hervé-élie Bokobza, un homme d’affaires de la Communauté Bahaïe, Mahmud Samandari et le Pasteur des Avanchets Jean-Claude Basset, spécialiste du dialogue interreligieux.
Voici une tentative de résumé des débats :
La discussion s’engage sur la notion d’ouverture. Shady Ammane souligne d’emblée "l’importance de créer un lien fort avec les autres". Jean-Claude Basset insiste ensuite sur la notion de cheminement et introduit dans le débat le thème du langage, thème qui sera l’un des plus prégnants de cette rencontre. S’appuyant sur l ‘ouvrage d’ Amin Maalouf, Les identités meurtrières, le Pasteur Basset revient sur la stigmatisation qu’emporte le mot incroyants, pourtant banalisé dans nombre de religions. Un mot qui pose la question de la vérité, laquelle, selon lui, n’est pas une et, surtout, jamais acquise. D’où la notion d’un pèlerinage vers un surcroît de vérité, ou de connaissance, en solidarité avec l’autre, duquel il faut se rapprocher et non se défendre. Mahmud Samandari, en une allusion implicite à Levinas, allusion qui sera filée par Hervé-élie Bokobza, rappelle que nous sommes "l’autre reflété dans le miroir". Ce dernier conclut cette partie en citant le plus grand des commandements énoncés par Jésus, celui "d’aimer son prochain comme soi-même". Il souligne aussi notre origine commune selon les récits mythiques de la création rapportés dans la Genèse.
La seconde partie, comme antithèse, propose une réflexion ou des témoignages sur la notion de fermeture.
Fort de son expérience de médiateur, Shady Ammane évoque en premier lieu l’importance d’avoir des objectifs communs pour sortir de l’impasse de la fermeture. Jean-Claude Basset s’offre un bref retour sur la récente votation portant sur l’interdiction des minarets en Suisse et les deux derniers orateurs mettent en évidence l’importance de la remise en question et énumèrent les stratégies pour sortir du cycle de la violence. Notamment : ne pas répondre à la violence par la violence.
Vient alors la discussion avec le public. Riche, constructive.
Après le témoignage de Mireille Grosjean, enseignante retraitée et espérantiste reconnue, relevant le rôle de la sérénité, de la patience, de la curiosité et de la prise de recul dans l’appréhension du monde, la discussion s’oriente vers l’affinement de la notion de pureté dans la religion. Hervé-élie Bokobza rappelle la nécessité de ne pas vouloir se faire "trop juste", porte ouverte à tous les extrémismes, à une rigidité mortifère qui confinerait à la folie, qui consiste à "pousser la raison à son paroxysme". Interpelé sur la notion de peuple élu, Bokoza admet que cette appellation n’a plus lieu d’être aujourd’hui.
L’échange se poursuit sur des questions de langage. Le Pasteur Basset souligne l’importance d’une langue commune pour faciliter la rencontre, qui ne rime pas forcément avec confrontation. Il faut au contraire, selon Mahmud Samandari, "construire le monde de demain riche de ses différences."
Le débat se termine sur le passage obligé par l’éducation, qui doit ensuite se muer en action. Il est à noter que ces hommes de foi ont rappelé que l’homme est né avant les religions et qu’il n’est parfois plus besoin de dieu pour savoir ce qui est juste.
Au final, un débat de grande qualité, rehaussé par la diversité d’horizon de ses intervenants, leur grande culture, et leur expérience pratique très variée. Les interventions de l’assistance, faites de témoignages parfois à fleur de peau ou d’exégèses savantes ont porté le débat vers des profondeurs et des subtilités inattendues, en considérant l’ambiance décontractée et même un peu dissipée qui régnait autour des intervenants.
La convivialité a ensuite repris ses droits au cours d’un somptueux buffet multiculturel proposant des mets confectionnés par les habitants des Avanchets d’une quinzaine d’horizons. J’ai dégusté pour ma part des mets érythréens plutôt épicés, un succulent mélange péruvien et une petite spécialité… suisse. La soirée s’est terminée dans la bonne humeur autour d’un quiz grâce auquel j’ai notamment appris beaucoup sur Ibrahim Rugova ou le monothéisme hindou.
Quelques photos de la soirée:




Mots-clés : Avanchets, Jeunesse & Co, Graines de Paix, Rencontres, Racisme
SD -
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Par bricoltrain