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Comprendre « l’éruption populiste », pour mieux la surmonter.

Lundi 12/10/2009 | Post� par SD

Analyse

Hier, le Vernier Bondy Blog recevait un courriel d’une lectrice verniolane atterrée par les scores élevés du MCG dimanche dernier lors des élections au Grand Conseil. Nous avons décidé de lui répondre en nous efforçant de décrypter la mécanique populiste. Avec, pour commencer, ce florilège de réactions recueillies dans les journaux de lundi.

 « Nous sommes là pour jouer comme il se doit notre rôle d’arbitre pour faire passer les meilleures idées de la droite, comme de la gauche. »

« Les gens en ont ras-le-bol »

Eric Stauffer (Président du MCG)

«Notre politique de proximité a fonctionné : la population nous a entendus» Thierry Cerutti (Maire MCG de Vernier)

« Les crises nous montrent que la population écoute ses émotions et non sa raison. La gauche et l’extrême-gauche doivent comprendre qu’elles ont un discours trop intello »

Manuel Tornare Conseiller administratif socialiste de la Ville de Genève, en charge du Département de la cohésion sociale, de la jeunesse et des sports.

La victoire du MCG « confirme que la posture dénonciatrice rapporte davantage que la volonté de participer aux affaires » mais « ne doit pas pour autant faire croire qu’un mouvement politiquement intelligible s’est installé dans la République, qui est habituée à ces fièvres, et qui a toujours su y porter remède. » Jean-Jacques Roth (rédacteur en chef du journal Le Temps)

« Comment expliquer cette recomposition et le succès d'un discours fait de rodomontades, sans contenu sérieux et qui ne peut s'appuyer sur aucun bilan digne de ce nom? Le MCG a surfé sur la peur des électeurs »

« La législature qui s'achève a été l'une des plus antisociales de ces vingt dernières années. Le nouveau ripage à droite ne vient bien sûr rien arranger » Phillipe Bach (Journaliste du journal Le Courrier)

 « 15% de 40% ca fait combien ? » Pas beaucoup semble impliquer tout bas un invité du Forum de la RSR lundi soir.

N’ergotons pas. Nous ne pouvons présumer de ce que pense la majorité silencieuse –plus de 60% d’abstentions dimanche dernier. C’est le jeu de la démocratie. Ce sont les électeurs qui s’expriment que l’on entend. Et nul sophiste ne pourra balayer d’un revers de main les 12733 bulletins (soit 14,74% des suffrages) glissés en faveur du MCG, désormais 2ème force politique du Canton de Genève ex-æquo avec les Verts, derrière le Parti libéral.

Ergoter serait même complètement hors sujet dans la commune de Vernier, dans laquelle le MCG caracole en tête des votes : Aux Avanchets, le parti populiste remporte 31.79% des voix, contre 26.6% au Lignon, 26.16% à Châtelaine et 26,02% à Vernier-Village, alors que le PdT plafonne à 4%.

Alors n’ergotons pas. Expliquons.

Etre populiste, c’est quoi ?

Dans populiste, il y a le peuple. Ca pourrait être un slogan de campagne. Les populistes se rangent derrière le peuple. Pour le protéger. De qui, de quoi ? De tout ce dont il se plaint, à tort ou à raison. Des élites, de l’insécurité, du chômage…Élémentaire. Le peuple sera forcément d’accord.

Le populisme peut donc prendre de multiples visages. C’est un caméléon. Il ne répond pas vraiment d’une idéologie –et de ce fait relève d’une certaine postmodernité. Il adapte son programme -en a-t-il vraiment un?- pour flatter le peuple, en particulier pour apaiser ses craintes.

Or, les craintes du peuple –que certains on tort de mépriser- sont bien souvent irrationnelles et engendrent un réflexe de protection exclusif, et égoïste. D’où les dérives : stigmatisation des minorités, fabrication de boucs émissaires, renforcement du complexe de persécution. Ce sont les armes des populistes. Des accélérateurs de névroses.

Quitte à être contradictoire : vouloir une baisse d’impôts tout en maintenant les prestations sociales de l’Etat à un haut niveau par exemple. Car en définitive, ce qui compte, c’est de dire à un maximum de personnes ce qu’elles veulent entendre. Le peuple n’est pas homogène, il n’est pas cette entité abstraite et figée que les populistes prétendent servir : postuler de l’existence du peuple et vouloir répondre à toutes ses attentes revient à renoncer à tout projet politique cohérent. On ne peut pas plaire à tout le monde pour citer un poncif.

Le populisme comme éruption 

Certes, il n’y a pas de fumée sans feu pour citer un autre poncif. La déliquescence des partis traditionnels est une hypothèse à prendre très au sérieux, les difficultés du monde du travail ne peuvent être niées, la situation économique rend l’époque incertaine. Mais les partis populistes renforcent le rideau de fumée au lieu de le dissiper. Entretenant les peurs ils encouragent ce qu’il y a de plus vil dans l’homme : le repli sur soi, la haine de l’autre. L’ignorance.

« Si le populisme n’émerge pas ex nihilo, c’est parce qu’il est associé à une situation de crise de société et à la présence d’un syndrome de désenchantement. L’immobilisme des élites au pouvoir entraîne le statu quo politique. La croyance dans la nation se fissure. L’avenir provoque la peur. Le doute se transforme en silence complice, et un individualisme aussi étroit qu’abstrait remplace le civisme enthousiaste des individus concrets. » Cette analyse d’Alexandre Doma[1][1], prend tout son sens aujourd’hui.

Si l’avenir fait peur c’est aussi qu’il est toujours plus complexe et passionnant. Il ne se contentera pas des réponses simplistes apportées par les partis populistes. Doma poursuit : « La présence du populisme est assimilable, mutatis mutandis, à un accès de fièvre. Et si la fièvre est symptôme de maladie, elle n’est pas, en elle-même, la maladie. »

Le défi reste entier. Vaincre la maladie, celle du désenchantement de nos sociétés. Comment ? En écoutant le peuple certes, mais aussi en lui proposant des solutions favorisant le vivre-ensemble et l’ouverture. Pas le repli identitaire. Pas la méfiance. Pas la rancœur.

 


[1][1] Professeur à l’université de Caen, président de l’Association française de psychologie politique, et auteur de Le Populisme (PUF, Paris, 1999).


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Réactions des internautes

Samuel Dixneuf
Lundi 12 Octobre 2009, 23:46
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 Pour prolonger un peu le débat dans l'actu française

"L'affaire Frédéric Mitterrand ou la difficile dialectique du populisme" http://bit.ly/GDilq (Mediapart)
http://www.mediapart.fr/club/blog/laurent-bouvet/121009/l-affaire-frederic-mitterrand-ou-la-difficile-dialectique-du-populis

"Société française : c'était mieux avant ?" http://bit.ly/15FDcz (Les Inrocks)
http://www.lesinrocks.com/actualite/actu-article/t/1255006801/article/societe-francaise-cetait-mieux-avant/

"Manque d'éthique en politique : attention au retour de bâton" http://bit.ly/17eLkf" (rue89)
http://www.rue89.com/2009/10/12/le-manque-dethique-en-politique-attention-au-retour-de-baton

URL longues remises, merci Chacaille

 



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chacaille
Mardi 13 Octobre 2009, 00:44
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Re:
Les liens proposés dans le commentaire précédent  vont nulle part... Intéressante reflexion sur le populisme by the way....

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