CEVA, le train transfrontalier
Samedi 28/11/2009 | Post� par Etienne
Texte d'Etienne Doyen, du Lausanne Bondy Blog. Sociologue et urbaniste de formation. A la veille de la votation sur le CEVA, il fait le point sur cet ambitieux projet, vu du canton de Vaud.
Ce dimanche, c’est jour de votation. Sur les minarets bien sûr, mais pas seulement. Les Genevois doivent se prononcer sur le budget du projet CEVA, une liaison ferroviaire entre la Suisse et la France. Enjeux.
L’acronyme CEVA signifie «Cornavin Eaux-Vives Annemasse» et renvoie au tracé de cette ligne de chemin de fer, sensée relier la gare de Cornavin à Annemasse via les stations intermédiaires Lancy Pont-Rouge, Carouge-Bachet, Champel-Hôpital, Eaux-Vives et Chêne-Bourg. Grâce au CEVA, Cornavin serait à 20 minutes seulement d’Annemasse.

Le dossier est depuis longtemps dans les cartons, puisque déjà au 19ème siècle le raccordement entre Cornavin et les Eaux-Vives faisait partie d’un projet de liaison internationale entre Paris, Genève et l’Italie du Nord. Finalement, il fut évincé par la réalisation du tunnel du Simplon et la création de l’axe Paris-Milan passant par Lausanne. L’idée n’est pas abandonnée pour autant, et, en 1912, une convention est signée entre les CFF, la Confédération et le canton de Genève : des terrains sont réservés le long du tracé qui n’a plus changé depuis.
Cette convention n’a toutefois pas accéléré pas les choses. Seule une petite partie du parcours est réalisée, entre Cornavin et la gare de marchandises de la Praille. Il faut attendre la fin du siècle pour voir le dossier sérieusement remis sur la table. Pour une raison toute pragmatique : la convention de 1912 expire en 2012, après quoi l’argent de la Confédération sera beaucoup moins aisé à obtenir !
Cette rallonge permettra de financer des changements ordonnés par Berne, en particulier l’aménagement d’issues de secours supplémentaires. Leur nombre initial était en effet hors normes. Pour le reste, les maîtres d’œuvre ont apporté leurs propres modifications. La plus chère -43 millions- concerne l’adoption de méthodes de forage plus sûres sous Champel et au Bachet.
Le CEVA nécessitera également la mise en œuvre de nouvelles voies de chemin de fer, en grande partie souterraines, la réalisation d’une « voie verte » entre Eaux-Vives et Annemasse (comme pour le M2 lausannois entre les stations Délices et Ouchy) ainsi que la construction de nouvelles gares, dessinées par l’architecte français Jean Nouvel. Si les Genevois disent ‘oui’ au projet, les travaux pourraient commencer en 2010, et les premiers trains pourraient rouler en 2016.
Le CEVA devrait aussi permettre un développement urbanistique autour des nouvelles gares, pour maximiser la nouvelle accessibilité. Sur ce point, les projets concrets se font attendre. Il faut souligner que le territoire traversé par la nouvelle ligne est déjà fortement urbanisé et que les investisseurs hésitent peut-être à s’engager pour un projet qui a traîné si longtemps – ils attendront que les travaux soient définitivement confirmés.
Enfin, on peut espérer que le CEVA contribue à diminuer les nuisances automobiles à Genève, en termes de bruit et de qualité de l’air, en supposant que certains Genevois et frontaliers délaisseront leur voiture pour prendre le train. Mais selon Hanja Maksim, doctorante à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne, rien n’est moins sûr :
Cependant, les choses changent lentement : « Depuis quelques années, on voit des gestes forts de réinvestissement dans le bus et dans le tram. Et le CEVA s’inscrit dans ce mouvement. Mais cela se fait une nouvelle fois sans contraindre la voiture. Et peu de mesures semblent se dessiner en faveur de la réduction du trafic automobile. Finalement, le CEVA sera une offre supplémentaire de mobilité, malgré tout nécessaire, mais dont on peut questionner l’impact sur la réduction du nombre de voitures à Genève. »
Un peu comme le M2 lausannois, très efficace mais qui ne porte pas globalement atteinte à la place de la voiture en centre-ville. Quand on voit le prix des deux projets, on peut avoir un goût de trop peu…
Les Vaudois pourront rire de ce retard de leurs voisins, en pavanant avec leur M2 flambant neuf. Qu’ils n’oublient pas que le CEVA les concernent également, puisqu’ils auront un accès direct à toute une nouvelle partie de la métropole genevoise et pourront, par exemple, aller de Nyon aux Eaux-Vives en 30 minutes sans changer de train. Et, par ailleurs, ils peuvent se soucier de leur futur transport en commun en site propre (le fameux « M3 »), dont on ne sait toujours pas s’il sera un tram ou un métro…
Mots-clés : CEVA, mobilité, votations, urbanisme
Etienne -
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Par Romuald